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1. Les membres de l'ambassade du Fouta-Djalonqui se rendit à Paris en 1882. C'est le prélude à l'établissementdes relations entre les almamys et la France.A la fin du XIXe siècle, toute la région sud-est de la Guinée était «pacifiée ». Il ne restait que le Fouta-Djalon à conquérir pour constituer ce qui allait devenir la colonie de la Guinée française. A plusieurs reprises, des voyageurs européens avaient visité ce quel’ un d'eux appelait « la Suisse africaine » et en avaient vanté la beauté et la richesse. Aussi, dès 1881, les Français avaient-ils réussi à signer avec l'al-mamy un traité qui plaçait le Fouta-Djalon sous le protectorat de la France. Ce traité fut même suivi de l'envoi d'une ambassade peule à Paris. Mais tous les Peuls n'avaient pas accepté cette mainmise de la France sur leur pays. Boubakar-Biro, le dernier grand almamy, dénonça l'accord de ses prédécesseurs et choisit la voie de la résistance.

Boubakar-Biro, le treizième almamy duFouta-Djalon, naquit en 1846 dans la famille Sorya et monta sur le trône en 1889.De sa vie on sait très peu de chose. En effet, il était trop intègre et trop autoritaire pour être aimé. Dans toutes les guerres, il avait donné de telles preuves de sa bravoure que le Fouta appréhendait de se le donner pour maître. C'était un grand guerrier et les récits de ses contemporains s'accordaient pour en faire les descriptions les plus louangeuses, mais cela après sa mort, carde son vivant, si l'almamy Boubakar-Biro compta de nombreux et fidèles partisans, il connut plus que tout autre la trahison. On ne saurait pourtant dénier à l'homme l'âme d'un grand patriote. Jamais il n'admit un seul instant que la tutelle de l'étranger pût s'exercer sur son pays et à aucun moment ne songea à faire appel à lui pour remédier aux vicissitudes de sa fortune.

L'armée nationale du Fouta était composée de contingents fournis par les provinces et qui, ordinairement, s'élevaient à 12 000hommes. Elle ne se réunissait qu'à la convocation de l'assemblée des notables tenue à Foukoumba (la Reims des almamys : c’est là qu'ils étaient couronnés). Cette armée n'avait pas une grande valeur guerrière. Elle était constituée de groupes divers formés des bans différents des provinces. Tout autre était la valeur des sofas, soldats que les almamys et les chefs entretenaient pour leur garde particulière et choisissaient parmi leurs captifs de case, et aussi parmi les étrangers dont ils entretenaient les troupes mercenaires, pour les garantir surtout des manœuvres de leurs proches et de leurs compétiteurs. Ces sofas étaient pour la plupart des guerriers de profession, braves et courageux. Mais, comme tous les mercenaires, ils étaient toujours du côté du plus offrant. L'armée nationale servait pour les guerres qui intéressaient la religion et l'empire. Les sofas, au contraire, étaient à la disposition des chefs.

En 1894, le Fouta était en pleine guerre civile. D'autre part, l'almamy Boubakar-Biro, à cause de son tempérament fougueux, s'était aliéné tous les grands féodaux. D'où des intrigues de toutes sortes pour renverser l'almamy. Beckmann, l'envoyé de la France à Timbo (capitale du Fouta), voulut profiter de cette situation. Il adressa une lettre au gouverneur Ballay à Conakry, dans laquelle il disait que Boubakar-Biro devait être interné à Conakry ou au Gabon. C'est un ennemi acharné de la France, précisait-il encore.

Pendant ce temps, Beckmann s'efforce de convaincre l'almamy de se rendre à Conakry. Le chef noir élude la question, mais déclare qu'il se donne à la France, lui et son pays. Ces promesses savamment graduées enchantent de Beckmann. Ce n'est qu'une ruse, mais l'envoyé de la France, content, accorde à Boubakar-Biro deux miliciens en armes et l'interprète qu'il lui demandait. Ces trois hommes symbolisent l'appui de la France. L'almamy avait atteint son but. Ses longues conférences avec Beckmann, son escorte de miliciens frappaient si vivement l'imagination des Fouta dialonké (gens du Fouta-Djalon) que, bientôt, le pays raconta avec terreur que les Français arrivaient pour soutenir Boubakar-Biro. La plupart de ses ennemis accoururent alors faire leur soumission et affirmer leur dévouement. Fort de ces ralliements, il alla châtier un de ses vassaux, qui demeurait inflexible. Il rentra quelques jours après, amenant avec lui ce baron félon enchaîné, et convia les notables pour le juger. Ce fut alors que Beckmann comprit sa méprise. Au mois de mars, il revint à Timbo pour obliger l'almamy à tenir ses promesses : signature d'un traité de protectorat, j'allais dire : de soumission à la France. Le 13 avril 1895, Boubakar-Biro signait le traité. A la suite de cette signature, il ajoutait en caractères arabes que la mission Beckmann devait partir tout de suite et qu'il la suivrait à Conakry, où il signerait un traité complet. Au même moment, le conseil des anciens, dûment convoqué, lui interdisait ce départ.

Beckmann rentra à Dubiéka, où on lui fit comprendre qu'il avait été dupé par le rusé almamy. La signature elle-même n'existait pas. Boubakar-Biro avait simplement écrit « Dieu soit loué ! » et avait mis au-dessous « Louange à Dieu l'Unique, de la part du chef des croyants, almamy Boubakar, fils de l'almamy Omar ! Au gouverneur, salut le plus respectueux ! Le but de la présente est de vous informer que nous avons reçu vos envoyés... Nous avons bien entendu ce qu'ils nous ont dit. Mais nous leur avons fait savoir que nous ne pourrions leur donner une réponse définitive qu'après avoir vu le gouverneur et le gouverneur général et qu'après entente avec tous les notables du pays. » Comment, après cela, parler de la naïveté des chefs indigènes de l'Afrique ? Leur défaite devant le colonisateur vient de leur division. La réputation de diplomate de Beckmann avait été complètement démentie par l'habileté de Boubakar-Biro. Le Français décida de se venger. Il savait que l'almamy avait de nombreux ennemis à l'intérieur du Fouta. C'est vers eux qu'il se tourna, à commencer par Oumarou Badamba, le propre frère de l'almamy. Il n'eut aucun mal à rallier les chefs de province, tel le fameux Alfa Yaya, roi de Labé, qui au mois d'octobre écrivit au gouverneur Ballay :« Je remercie Dieu. Dieu grand, le seul Dieu, le Miséricordieux, et Mohamed, son Prophète. Cette lettre est écrite par Alfa Yaya, fils d'Alfa Ibrahima, pour s'informer des nouvelles du gouverneur, et tous les notables de Labé s'associent à moi à cet effet. C’est bien grâce à vous que je suis en ce moment tranquille et jouissant d'une bonne santé. Je suis jour et nuit, avec tous mes sujets, à votre disposition. Vous êtes le seul maître absolu de mon pays et nous sommes tous entre vos mains (...) »2. Carte établie par Ernest Noirot.Elle indique l'itinéraire de la mission Bayol au Fouta-Djalon.

A l'instar du chef de Labé, tous les feudataires abandonnèrent Boubakar-Biro, qui avait en vain essayé de faire une « union sacrée » contre les Blancs. Se sentant isolé, l'almamy dut abandonner sa capitale, vers laquelle convergeaient la colonne française et les troupes des féodaux du Fouta. Cette coalition arriva devant Porédaka, où Boubakar-Biro avait été signalé. C'est là que se produisit l'affrontement, le 14 novembre1896. La situation de la coalition parut un moment très critique, les cavaliers de Boubakar-Biro tourbillonnant autour d'elle et l'enveloppant complètement. Mais leur bravoure ne prévalut pas sur la supériorité de l'armement des Français. Après des heures de combat, Boubakar-Biro, voyant ses plus braves guerriers décimés et ayant eu son cheval tué sous lui, abandonna la partie. Il était courageux, mais ne s'entêtait pas contre le destin. Il vaut mieux fuir si l'on est vaincu, avait-il dit jadis à Sander-val, et se réfugier en lieu sûr pour préparer de nouveaux combats que de se laisser tuer inutilement sur le champ de bataille. Après la bataille, la plaine était jonchée des cadavres d'une grande partie de l'élite du Fouta. Le fils de Boubakar-Biro, Sory, était du nombre des victimes. Comme Philippe VI au soir de la bataille delCrécy, Boubakar-Biro reste seul, blessé, et réussit à s'enfuir. Il se réfugie dans un petit village sur la route de Fougoumba. Survient un captif de son frère, Mamadou Paté, qui veut venger son maître ; il étend l'almamy raide mort d'un coup de fusil, lui coupe la tête et la porte au camp français.

L'élimination de Boubakar-Biro à Porédaka sonna le glas du Fouta indépendant. Boubakar-Biro laisse le souvenir d'un souverain habile et courageux. Ce conducteur d'hommes apparaît plein de grandeur et de noblesse. Il a dominé son temps et ne fut précipité que par la frénésie de la passion patriotique et par la trahison des siens, dont Alfa Yaya n'est pas des moindres. On peut s'étonner, dans ces conditions, qu'une conspiration du silence entoure le nom de celui qui fut, entre tous les souverains du Fouta-Djalon, le plus nationaliste. •