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Presque deux ans sont passés depuis que le président élu, Jean Bertrand Aristide, a été mis dans un avion de l’armée américaine et déclaré non bienvenu dans l’hémisphère ouest par Washington. Il était temps de «tourner la page dans l’histoire d’Haïti», a affirmé le maître colonial d’Haïti, la France. Maintenant, viennent les élections programmées pour le 7 février. Ayant été reportées quatre fois, les élections sont en train de causer de l’excitation, mais les autorités haïtiennes et les forces étrangères font une guerre contre les pauvres citoyens du pays.

 






   
«Donc vous êtes journaliste ? », demande un jeune se présentant comme Bob. «Ça et d’autres choses », mon collègue et moi répondons. «Qu’en est-il de vous ? », lui avons-nous demandé, à notre tour. «Moi ?», demande-t-il, de manière hésitante. Après une pause, il répond : «je suis un militant.» Nous sommes à Bel-Air, l’un des quartiers malfamés de Port-Au-Prince.
L’endroit a très peu de choses en commun avec son homonyme de Los Angeles. Dans la capitale d’un pays connu comme le plus pauvre du monde, Bel-Air est parmi les zones les plus marginalisées d’Haïti. Aux côtés des quartiers voisins tels que Cité Soleil et Gran Ravine, c’est aussi l’un des sites de théâtre d’une des guerres les moins connues du monde.
 
Parce qu’en réalité, c’est une guerre qui a lieu dans les rues de Port-Au-Prince aujourd’hui. Presque deux ans après la chute de Jean-Bertrand Aristide, des milliers de personnes ont été tuées. Selon certaines estimations, 5.000 Haïtiens ont été assassinés sous la junte qui a contrôlé le pays depuis trois ans après le premier coup d’Etat contre Aristide en 1991. 
 
Cette fois, les nouveaux bourreaux sont les membres de la nouvelle Force de Police Nationale nouvellement entraînée, les gangs armés qui travaillent pour des clients inconnus, et des soldats de la force onusienne MINUSTAH, forte de 8.000 hommes.
Dans l’arrière-cour où «New African» a rencontré certains des manifestants, presque chacun a un ami ou des parents parmi les victimes. «Ça, c’est John Israël», dit Bob en présentant un petit garçon de neuf ans. «Sa mère est morte et son père a été tué par la police l’autre jour. Nous l’avons trouvé en train de chercher des armes hier à Cité Soleil, et avons décidé de l’emmener ici.»
Bob et ses camarades des alentours de l’organisation Zakat Zanfan essaient de prendre soin des orphelins de Bel-Air, organisent des activités et leur procurent un repas chaque jour. Cela fait partie de ce que veut dire pour eux, être militant. Mais le jour de notre visite, il n’y a pas de riz restant et Zakat Zanfan est à court d’argent. «Sous Aristide, les temps étaient bons», dit Basile, la trentaine, mère de 9 enfants et membre de l’association des femmes de Bel-Air. «Nous avions du travail, des revenus et de la nourriture, nos enfants partaient à l’école et nous pouvions prendre en charge nos familles. Aujourd’hui, nous n’avons rien que la misère, la misère, la misère. Les enfants ne sont pas allés à l’école depuis deux ans et ils mangent un plat de riz par jour, dans le meilleur des cas».
Le 28 février 2004, Port-Au-Prince a été pris par des troupes paramilitaires. Aux commandes, il y avait des gens comme Guy Phillipe et Louis Jodel Chamblain. Le dernier cité a reçu une formation militaire par les Forces Spéciales américaines en Equateur dans les années 1990 et a essayé un coup d’Etat contre Aristide en 2002. 
De leur exil dans la République Dominicaine, les deux hommes ont fait des intrusions sporadiques au-delà de la frontière jusqu’au coup de 2004. Visant à déstabiliser la nation, leurs bandes d’ex-militaires terrorisèrent les villageois, sabotèrent les plantations et attaquèrent une fois le palais national, avant de faire des retraits rapides du côté dominicain de l’île. Lorsqu’ils battirent la toute petite force de police dans plusieurs villes (l’armée nationale s’est fragmentée en 1994), ils demandèrent la démission immédiate du président Aristide. 
Pendant un temps, Aristide avait lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle reconnaisse qu’un coup était en train d’être fait. Désespérément, il a ensuite demandé aux forces américaines de protéger la souveraineté d’une nation démocratique. Mais en vain. Aristide «n’est plus le bienvenu» en Haïti, annonçait le Vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney. Les Marines américaines étaient sortis ce jour là, comme le firent les troupes françaises. Mais pas pour protéger le gouvernement élu. La nuit, Aristide a été visité par des diplomates américains et des agents militaires. S’il n’avait pas démissionné, lui ont-ils dit, Port-Au-Prince deviendrait un bain de sang. Des heures plus tard, le président a été mis dans un avion militaire américain sans savoir où on l’emmenait. Il atterrissait le lendemain dans la République Centrafricaine, alliée de Paris, où il est resté comme en résidence surveillée pendant une semaine. Pendant ce temps, des persécutions résurgentes de la junte commencèrent en Haïti. Une fois encore, les Haïtiens furent abattus pour s’être soulevés pour leur président élu. Des milliers de personnes quittèrent leurs domiciles et s’échappèrent dans les montagnes ou s’enfuirent du pays par de petits bateaux de pêche. Et une fois encore – pour la troisième de l’histoire – la nation était sous occupation américaine. Haïti a connu son 35eme coup d’état. Un nouveau gouvernement intérimaire a été nommé, pour être conduit par le Premier ministre Gerard Latortue, un homme d’affaires revenant d’un exil en Floride. Quelques temps après, le ministre de l’intérieur Jocelerme Privert et le Premier ministre légal Yvon Neptune ont été embastillés, ainsi que le chanteur traditionnel Anette Auguste et des centaines d’autres affiliés du parti Lavalas d’Aristide (après presque deux ans, tous ceux qui sont cités ci-dessus sont restés incarcérés sans accusations formelles ni jugements).
Une nouvelle force de police nationale a été entraînée par des officiers américains et canadiens. Ce ne fut pas longtemps avant qu’elle ne commence à attaquer – avec les marines américaines arrêtées à côté – les manifestants qui demandaient le retour d’Aristide. Des descentes violentes ont été effectuées dans les quartiers précaires, reconnus comme des fiefs du Lavalas. Entre temps, les autorités affirmaient qu’elles en avaient après les soi-disant chimères – les «bandits» armés du Lavalas – des centaines de civils ont été emprisonnés ou égorgés dans des massacres, cherchant évidement à faire taire les protestations. 
 
En juin 2004, les troupes de maintien de la paix de l’ONU ont pris la relève des troupes américaines et françaises. Mais les Haïtiens habitant les quartiers précaires, souhaitant la fin des répressions, étaient grandement étonnés de la manière dont les casques bleus de l’ONU ont uni leurs forces avec la police et se sont retournés contre eux. «Lorsque l’ONU est arrivé au début, ils nous ont tout promis», dit Bob. «On devait nous donner la sécurité, des emplois, l’éducation, et les soins de santé. Ils n’ont accompli aucune de leurs promesses. Au contraire, ils sont venus avec des containers de gaz, des machines de guerre, des grenades, nous attaquent sans sommation et détruisent nos maisons. Et pendant que la terreur continue, ils nous ont arraché notre droit de nous défendre». 
Bob brandit une carte d’identité avec sa photo et un logo de l’ONU à côté. Il raconte comment les troupes de l’ONU ont invité les résidents de Bel-Air- à prendre part à une campagne de désarmement en octobre l’année dernière, en échange d’une restauration du quartier. Bob et ses camarades acceptèrent. «Une semaine plus tard », dit Bob, «ils sont venus et ont arrêté trente parmi nous. Chacun a rendu ses armes. Deux de mes amis sont encore en prison depuis lors».
Les soldats de l’ONU venus de Jordanie, du Brésil et du Pérou, entre autre pays, sont constamment présents à Bel-Air. Tandis que la difficile vie ordinaire suit son cours autour d’eux, ils sont postés sur des blindés partout dans le quartier. 
Des blindés blancs APC estampillés des logotypes ONU apparaissent maintenant et souvent, et renforcent l’image de Bel-Air comme une zone de guerre. Le calme apparent de ces scènes est trompeur. Pendant les nuits et tôt les matins, la police et les forces de l’ONU attaquent les maisons de Bel-Air dans leurs prétendues recherches de chimères. «Ils nous appellent chimères», dit Basile. «Mais il n’en est rien. Nous sommes des hommes ordinaires, qui demandent justice». 
Les nouvelles élections ont été reportées quatre fois et sont maintenant fixées pour ce mois (le 7 février). De sa cellule du Pacot Penitentiary, le Père Jean Juste Gérard, prisonnier d’opinion, a dit à New African qu’il croit que le processus électoral est en train d’être retardé pour empêcher René Préval, déjà cité, de gagner. Candidat indépendant maintenant, l’ex-président Préval a eu le soutien de la majorité pauvre et a pris une avance dans les votes. 
Le Père Gérard planifiait lui-même une candidature quand il a été arrêté par la police en juillet dernier. Au moment où cet article était en train d’être écrit, les forces de l’Onu préparaient une attaque de large envergure contre Cité Soleil. Puisque les troupes de l’ONU ont exécuté le leader de la communauté, Emmanuel «Dread» Wilmé, et ont tué 15 civils à Port-au-Prince en juillet dernier, la résistance est devenue plus forte que jamais dans le plus grand bidonville de la capitale, Cité Soleil. Les habitants célèbrent maintenant «Dread» et ses camarades tombés comme martyrs, pendant qu’ils mobilisent pour soutenir René Préval.
Maintenant plus que jamais, il y a lieu de garder l’œil sur ce que les «Blancs» (utilisé par les orateurs créoles pour désigner les étrangers en général) sont prêts à faire en Haïti, «la première République noire du monde». 
 
(Source New African)