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Algerie.jpgLes relations algéro-françaises demeurent sujettes aux remous de l'histoire mais aussi tiraillées par les agissements des nostalgiques de l'Algérie française.

 

Si les deux Etats ont entamé depuis au moins cinq ans un effort certain pour dépassionner leurs rapports en vue de les normaliser en les soustrayant aux humeurs et aux réactions émotives, il n'en demeure pas moins que l'adoption par l'Assemblée française de la loi du 23 février 2005 ainsi que les tentatives de réhabilitation et de glorification de l'OAS et de ses actes ignobles ont créé, ces derniers mois, une tension sourde mais perceptible à travers la multiplication de mouvements d'opposition à l'apologie du colonialisme et en faveur d'un acte de repentance de la France par rapport aux crimes de guerre commis pendant les 132 ans de colonisation de l'Algérie.

Pourtant, entre Alger et Paris, un vent a soufflé, semant les graines d'un rapprochement politique inédit et promettant une refondation et des relations d'exception basées sur le respect mutuel et les intérêts communs. Les échanges de visites d'Etat entre les deux pays se sont multipliées et ont été soutenues par les visites de différents ministres pour concrétiser ce rapprochement et cette nouvelle ère. L'Année de l'Algérie en France aura marqué cette nouvelle étape et ouvert de nouvelles perspectives de connaissance et de redécouverte mutuelles. L'Algérie s'attendait à ce que tous les nuages qui couvraient le ciel commun se dissipent. D'autant plus que la reconnaissance par la France de la guerre d'Algérie ouvrait de larges horizons pour le pardon devant servir de socle à l'amitié qui s'annonçait.

Le 51ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale intervient cette année alors que l'Algérie et la France sont face à un dilemme sérieux, un traité d'amitié conditionné par un acte de repentance. En effet, et pour la première fois depuis l'indépendance, un consensus national s'est fait autour de la nécessité de réclamer à la France officielle un pardon pour tous les crimes commis au nom de l'Etat français et sous son autorité par ses armées et son administration coloniale.

Quand les consciences s'éveillent

D'anciens officiers supérieurs, officiers, soldats et administrateurs français ont témoigné sur les crimes, les exactions, la répression, la torture et les viols commis en Algérie notamment après la fin de la Seconde Guerre mondiale, période où la férocité coloniale est devenue perceptible, générale et systématique en raison de la montée du mouvement national indépendantiste et de la radicalisation de la résistance des Algériens. La France voulait tuer dans l'oeuf toute rébellion contre l'ordre établi mais surtout empêcher que se reproduisent les révoltes populaires qui avaient marqué le XIXe siècle. Ces témoignages, souvent inédits comme ceux d'Aussaresses, sont venus confirmer la barbarie des «civilisateurs» ainsi que les récits douloureux de leurs victimes. Si des Algériennes et Algériens n'ont cessé de dénoncer ce qu'ils ont subi, à travers leurs témoignages, ce sont les historiens français qui ont mis à nu les crimes coloniaux et qui se sont élevés avec force contre la loi inique du 23 février, pour refuser toute forme d'apologie au colonialisme.

C'est aussi un officiel français, en l'occurrence l'ambassadeur de France à Alger, qui, le premier, avait brisé le silence officiel des deux rives sur les crimes et les massacres commis par la France coloniale en Algérie. C'est, en fait, ce geste courageux et noble qui a relancé le débat sur le passé colonial de la France et qui a délié toutes les langues, notamment les voix officielles algériennes qui ont fait de la repentance une condition pour la signature du traité d'amitié. A ce propos justement, le président de la République a clairement affirmé qu'il n'y aura pas de traité d'amitié sans repentance. Ainsi, et pour la première fois depuis 1962, un officiel français, l'ambassadeur de France en Algérie, reconnaissait le 27 février 2005 à l'université Ferhat Abbas de Sétif les massacres du 8 mai 1945, qu'il avait qualifiés de «tragédie inexcusable» et s'était recueilli à la mémoire des victimes de la répression coloniale.

En mai dernier, à l'occasion de la commémoration du 60ème anniversaire du 8 Mai 1945, le président Bouteflika soulignait que les propos de l'ambassadeur français laissaient croire à des tentatives de reconnaissance par les commanditaires et les auteurs des massacres du 8 mai 1945. «Toutefois, le peuple algérien en entier attend encore de la France, qui a mis des décennies à reconnaître la guerre d'Algérie, que les déclarations de l'ambassadeur de France soient suivies d'un geste plus probant qui libérerait la conscience française des cauchemars de la longue nuit coloniale et des remords du monde et effacerait ainsi cette tache noire dans le cours d'une histoire étincelante», a déclaré Bouteflika.

Pas d'amitié sans pardon

Le président avait rappelé que «le peuple algérien n'a eu de cesse d'attendre de la France une reconnaissance de tous les actes commis durant la période de colonisation, y compris la guerre de libération pour voir s'ouvrir de larges et nouvelles perspectives d'amitié et de coopération entre deux peuples». Ce fut incontestablement le vote par le Parlement français de la loi du 23 février glorifiant le colonialisme qui va accélérer les exigences légitimes des Algériens pour que la France reconnaisse enfin ses crimes. Réagissant à cette loi, le président Bouteflika estimait en juin dernier à partir de Tlemcen que, «pour la société algérienne, la colonisation française a été massivement une entreprise de dé-civilisation». «Aussi est-il difficile de ne pas être révolté par la loi votée par le Parlement français, le 23 février dernier, et qui représente une cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme», s'indignait-il. Il avait réaffirmé que «si notre pays est prêt à signer avec l'Etat français un traité de paix et d'amitié sur la base de l'égalité des nations et de la complémentarité de nos intérêts, il ne saurait en aucun cas cautionner, même par son silence, une prétendue mission civilisatrice du colonialisme qui reste pour nous et pour tous les peuples colonisés de la planète l'un des plus grands crimes contre l'humanité que l'histoire ait connus».

Le chef de l'Etat est revenu plusieurs fois sur cette revendication par le peuple algérien d'une reconnaissance officielle des crimes coloniaux par l'Etat français au cours de ces derniers mois. Ainsi, lors de la commémoration des massacres du 20 août 1955, dans le nord Constantinois, il a expliqué que le soulèvement du peuple ce jour-là était celui «de la conscience d'une nation où l'injustice, la privation, l'ignorance, l'humiliation ont atteint leur plus haut degré, une nation dont les valeurs, la culture et la langue ont été bafouées, une nation où la torture, la répression et l'extermination ont atteint un degré insupportable».

A l'adresse de la France, il a indiqué que l'Algérie tend au peuple français «de bonne volonté une main fraternelle pour relever ensemble les défis du futur et en finir avec le temps du colonialisme et de la prétention universaliste de l'Occident».

La France interpellée

 Le Parlement algérien, avec ses deux chambres, n'est pas resté indifférent face à la loi française du 23 février. En juillet dernier, il a demandé à la France officielle d'adopter «une position courageuse devant l'histoire et [de] reconnaître au peuple algérien les injustices qu'il a subies durant la période coloniale en lui présentant des excuses publiques, et démontrer ainsi sa bonne foi et sa volonté à asseoir une plate-forme d'amitié, de coopération et de partenariat». Outre la position claire des partis politiques siégeant au Parlement, la classe politique algérienne dans sa totalité, tout comme les organisations nationales, celles représentant les moudjahidine, les enfants de chouhada, les enfants de moudjahidine, les femmes, exigent que l'Etat français fasse son mea culpa pour les crimes coloniaux commis en Algérie.

Côté français, le combat du mouvement associatif pour la reconnaissance des crimes coloniaux a connu cette année une avancée paradoxalement grâce au vote de la loi du 23 février. Non seulement cette loi a été dénoncée par les nombreuses associations antiracistes, mais elle a suscité chez les historiens français mais aussi algériens une levée de boucliers sans précédent, relançant le combat sur le devoir de mémoire. Pour ce devoir de mémoire, «on n'a pas besoin de loi. Il suffirait seulement de reconnaître les crimes de la colonisation», estimait l'historienne française Andrée Michel, qui résumait l'opinion générale des personnalités de tout ordre qui militent pour la reconnaissance des faits historiques tels qu'ils se sont produits.

Côté officiel, et face au concert de voix en Algérie et en France exigeant cette reconnaissance, notamment à la veille de la signature d'un traité de paix entre l'Algérie et la France, les quelques membres du gouvernement qui se sont exprimés sur la question, ont évité d'aller au fond du problème. Si pour les uns, notamment le Premier ministre français, M. Dominique de Villepin, le devoir de mémoire doit être laissé aux historiens, d'autres ont laissé entendre que la question sera présente lors de la discussion par les deux parties des termes du traité d'amitié. Evoquant les relations algéro-françaises, le président Bouteflika a souligné récemment que «nous avons chanté à l'unisson l'hymne de la coopération avec la France pour peu que celle-ci reconnaisse ses responsabilités dans les dégâts de la colonisation».

source : la tribune (algiers)