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Accord sur le nucléaire iranien: les États-Unis préparent de nouvelles guerres

Par Peter Symonds
Iran USA
L’accord-cadre sur le nucléaire, conclu jeudi dernier par les Etats-Unis et leurs partenaires dans leurs négociations avec l’Iran, marque un changement stratégique significatif de la politique américaine, même s’il rencontre encore des obstacles.

Durant toute la période écoulée depuis que la révolution iranienne de 1979 a renversé le Shah d’Iran soutenu par les Etats-Unis – depuis 36 ans donc – Washington a maintenu une hostilité implacable envers le régime iranien. Ce fait est demeuré une constante de la politique américaine, dans la région comme sur le plan international. Les Etats-Unis ont à présent conclu un accord qui laisse entrevoir la possibilité d’un plus grand rapprochement entre Washington et Téhéran.

Le président Obama, confronté à une opposition de la part de l’establishmentpolitico-militaire aux Etats-Unis et de leurs alliés dans la région, a qualifié l’accord de seule alternative à « une autre guerre au Moyen-Orient. » Mais les efforts diplomatiques déployés n’ont rien à voir avec un tournant vers la paix. Au contraire, ils visent à renforcer la position de l’impérialisme américain au Moyen-Orient et en Asie centrale au moment où il planifie une guerre avec des rivaux plus puissants, en l’occurrence la Russie et la Chine.

Le gouvernement Bush avait pris l’Iran pour cible comme partie intégrante de ses plans d’hégémonie américaine au Moyen-Orient et avait déclaré en 2002 qu’il faisait, aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord, partie de « l’axe du mal ». Un haut responsable du gouvernement, plein de l’apparente victoire sur l’Irak en 2003, avait dévoilé le pot aux roses et déclaré dans des propos largement relatés: « N’importe qui peut aller à Bagdad. Les vrais hommes vont à Téhéran. »

Au moment où l’occupation de l’Irak s’enlisait, le gouvernement Bush avait saisi les programmes nucléaires iraniens comme prétexte pour des pressions et des provocations contre Téhéran, qui culminèrent dans des préparatifs avancés pour une attaque militaire américaine en 2007.

Face aux critiques croissantes de l’establishment politique américain pour les catastrophes militaires auxquelles il avait présidé en Afghanistan et en Irak, Bush avait renoncé à une guerre totale avec l’Iran. Durant la campagne électorale de 2008, Barack Obama avait déclaré qu’ayant entraîné l’armée américaine dans un bourbier au Moyen-Orient, Bush n’avait pas été en mesure de contrer l’influence grandissante de la Chine, notamment en Asie.

Le gouvernement Obama a mis en place vers le milieu de 2009, sous la forme de ce qui fut ensuite connu comme le « pivot » ou « rééquilibrage » américain vers l’Asie, une stratégie diplomatique, économique et militaire agressive visant à subordonner la Chine et la région Inde-Pacifique dans son ensemble aux Etats-Unis, si nécessaire par la guerre.

Dans le même temps, Obama a commencé à se servir de « la carotte et du bâton » à l’égard de l’Iran – il fit miroiter la possibilité d’une fin négociée de l’impasse sur le nucléaire tout en intensifiant les sanctions économiques contre de Téhéran de façon dramatique et en maintenant la menace de frappes militaires.

Il est significatif que l’un des principaux mentors de la politique étrangère d’Obama a été l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzesinski. Celui-ci est un défenseur de longue date d’un axe Washington-Téhéran et insiste pour dire que l’hégémonie mondiale de l’Amérique est tributaire de sa prédominance de la vaste masse continentale eurasiatique qui va de l’Europe de l’Est à la Chine en passant par la Russie. L’Iran est stratégiquement situé à la croisée de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et du sous-continent indien.

L’aggravation de l’effondrement du capitalisme mondial et l’escalade des tensions géopolitiques depuis 2008 ont donné aux plans de Washington une nouvelle urgence, et une nouvelle irresponsabilité. Entre août et septembre 2013, les Etats-Unis furent à deux doigts d’une guerre avec la Syrie et ne reculèrent qu’à la dernière minute dû aux divisions sur les objectifs de la guerre dans l’élite dirigeante américaine, au fait que le gouvernement britannique n’a pu obtenir le soutien du parlement et à l’opposition vigoureuse de la Russie et de l’Iran. Téhéran avait alors prévenu Washington qu’une intervention militaire en Syrie pourrait entraîner une guerre avec l’Iran.

Le gouvernement Obama avait réagi à cette débâcle en recourant à une stratégie agressive à deux volets. Tout en se dirigeant vers une confrontation avec Moscou, devenue évidente avec l’intervention ouverte de Washington en Ukraine fin 2013, Obama avait accéléré des pourparlers nucléaires avec l’Iran déjà engagés en secret.

Au cours de la réunion annuelle de l’ONU de septembre 2013, il s’était entretenu par téléphone avec le président iranien nouvellement élu, Hassan Rohani – le premier contact publiquement reconnu entre les chefs de gouvernements des deux pays depuis plus de trois décennies. Un accord intérimaire sur le nucléaire fut conclu en novembre 2013, qui entra finalement en vigueur fin janvier 2014; c’est-à-dire au moment même où s’intensifiaient en Ukraine les intrigues de Washington qui allaient déboucher en février 2014 sur le coup d’Etat sous conduite fasciste de Kiev.

Dès le début des négociations avec l’Iran, le gouvernement Obama a clairement indiqué que tout accord serait conclu conformément aux termes de Washington. Le résultat fut un processus extrêmement long s’étendant bien au-delà des dates limites et durant lequel le régime bourgeois-clérical iranien a fait des concessions radicales sur tous les points.

Alors que les Etats-Unis acceptaient que Téhéran pouvait garder un programme nucléaire symbolique pour sauver les apparences, les négociateurs iraniens ont accepté de réduire considérablement la capacité du pays à enrichir de l’uranium, de réduire le stock d’uranium enrichi existant et d’autoriser le régime d’inspections le plus intrusif jamais conçu.

En revanche, les Etats-Unis ne sont liés à rien – ils n’offrent qu’une « suspension » des sanctions internationales une fois que l’Iran aura rempli ses nombreuses tâches. De plus, l’ensemble du cadre des sanctions sera maintenu pour être « repris » en cas de « manquement » iranien. En conséquence, les Etats-Unis jouissent d’une liberté totale pour réimposer des sanctions paralysantes sans avoir besoin du soutien de la Chine ou de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU.

L’accord a suscité des divisions au sein des cercles dirigeants iraniens mais la faction principale représentée par Rohani insiste pour dire que l’accord est indispensable non seulement pour une levée immédiate des sanctions mais aussi de l’embargo économique imposé par les Etats-Unis à long terme.

Rohani fut une figure influente des gouvernements soi-disant de réforme des président Hachemi Rafsandjani et Mohammad Khatami qui ont poussé à un accord avec Washington en même temps qu’une restructuration radicale pro-marché destinée à ouvrir l’Iran en tant que plateforme de main-d’œuvre bon marché. Au fur et à mesure que la bourgeoisie iranienne s’alignera plus étroitement sur Washington, elle intensifiera ses attaques contre de la classe ouvrière iranienne.

Il n’est pas sûr que l’accord soit finalisé dans les trois prochains mois. Le gouvernement Obama se heurte à une vive opposition de la part des Républicains au Congrès, de certains secteurs de l’appareil militaire et du renseignement, ainsi que de certains alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient, notamment Israël, et de façon moins publique, l’Arabie saoudite, les Etats du golfe et l’Egypte.

Si le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu continue de mettre en garde contre le danger imminent d’une bombe nucléaire iranienne, comme il le fait depuis au moins dix ans, l’inquiétude première d’Israël et d’autres partenaires des Etats-Unis est qu’un tournant de Washington vers Téhéran ne diminue leur propre importance et donc leur pouvoir de négociation avec les Etats-Unis. Loin de stabiliser le Moyen-Orient, la finalisation de l’accord pourrait bien attiser les tensions au moment où les adversaires de l’Iran cherchent à consolider leurs propres positions.

Dans un sens historique plus large, l’accord ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit. Comme ce fut maintes fois le cas dans le passé, les Etats-Unis décideront du moment opportun pour jeter l’accord aux orties. Le régime libyen de Mouammar Kadhafi avait conclu en 2003 un accord de renoncement à ses programmes d’armes de destruction massive et finit par devenir en 2011 la cible d’une guerre de changement de régime menée par l’OTAN. Face à son propre déclin économique, l’impérialisme américain ne reculera devant rien dans la campagne irresponsable qu’il mène pour la domination mondiale contre ses principaux rivaux.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 6 avril 2015