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Miriam Makeba, la diva de la musique africaine, s’est éteinte dans la nuit de dimanche à lundi après un dernier concert en Italie.
La première édition du Massao lui déroula le tapis rouge. En mai 1999, l’équipe de Théophile Mbouma Bissa avait en effet réussi à ramener la majestueuse Miriam Makeba qui, sur les berges du Wouri, époustoufla le public de son talent et de cette voix qui a fait sa réputation. Quelques années plus tard, en 2007, le même festival dont le principe est de réunir tous les deux ans des femmes de culture du continent quel que soit le domaine dans lequel elles s’expriment, l’a de nouveau faite marraine, avec Were Were Liking Gnepo.
C’est donc désappointé que le public camerounais, qui l’a souvent vue sur scène au gré des festivals organisés à travers le pays, a appris son décès dans la nuit du dimanche 09 au lundi 10 novembre 2008 en Italie, à l’âge de 76 ans. Ceci, alors qu’elle venait de faire ce qu’elle aimait le plus : chanter. Pour une noble cause. L’ancien président Nelson Mandela et de nombreuses personnalités sud-africaines lui ont rendu hommage lundi. « Elle était la première dame sud-africaine de la chanson et elle mérite le titre de Mama Africa. Elle était la mère de notre combat et de notre jeune nation », a écrit Nelson Mandela dans un communiqué. Avant de poursuivre : « Ses mélodies obsédantes ont fait résonner la douleur de l’exil et de la distance qu’elle a ressentie pendant 31 ans. En même temps, sa musique nous a tous donné un profond sentiment d’espoir ».
D’après le témoignage d’un photographe de l’Afp, c’est presque sur scène qu’elle a rendu l’âme, après avoir chanté en compagnie d’autres artistes lors d’un concert antimafia dédié au jeune écrivain du bestseller « Gomorra », Robero Saviano, à Castel Volturno près de Naples. « Elle avait été la dernière à monter sur scène, après les passages des autres chanteurs. Il y a eu un rappel et à ce moment-là quelqu’un a demandé au micro s’il y a avait un médecin dans l’assistance. Miriam Makeba s’était évanouie et gisait sur le sol », a-t-il rapporté selon le site internet metrofrance.com. Rapidement transportée à la clinique Pineta Grande de Castel Volturno, la chanteuse est décédée peu après des suites d’une crise cardiaque. Environ un millier de personnes avaient assisté à ce concert donné dans une commune considérée comme un des fiefs de la mafia napolitaine, la Camorra, et où six immigrés africains et un Italien ont été abattus dans des conditions encore obscures en septembre dernier.
Exil et Grammy Award Voix légendaire du continent africain, bannie par le régime d’apartheid en raison de son apparition dans un film dénonçant la ségrégation, la chanteuse a perdu la citoyenneté sud-africaine en 1960 quand elle voulut rentrer au pays pour les obsèques de sa mère. Elle passa notamment ses années d’exil aux Etats-Unis et en Guinée. Née Zenzi Makeba, en 1932 à Johannesburg, Zenzi, diminutif d’Uzenzile commence son destin exemplaire en prison : elle n’a que quelques jours lorsque sa mère est inculpée durant six mois pour avoir fabriqué de la bière afin de subvenir aux besoins de sa famille. Son père meurt lorsqu’elle a cinq ans. En 1947, les nationalistes afrikaners gagnent les élections et plongent le peuple noir du pays dans l’arbitraire et la violence. A 20 ans, elle est bonne d’enfants puis laveuse de taxis et vit seule avec sa fille Bongi (décédée en 1985) et sa mère. C’est à ce moment qu’elle rencontre les Cuban Brothers, puis les Manhattan Brothers, en 1952, qui lui donnent son nom de scène, Miriam. Elle se sert alors de son nouveau gagne-pain et de sa notoriété pour dénoncer le régime des nationalistes afrikaners.
C’est en 1956 qu’elle se fait mondialement connaître avec son plus grand succès : « Pata Pata » qui deviendra ensuite le premier hit planétaire du continent africain. La chanson a été reprise en français par Sylvie Vartan sous le titre « Tape Tape ». A 27 ans, elle quitte son pays mais ne se doute point qu’elle n’y reviendra pas de si tôt. Pour accompagner aux Etats-Unis les Manhattan Brothers pour une tournée qui lui permettra d’asseoir sa notoriété. Elle ira même jusqu’à chanter au Madison Square Guarden avec Marilyn Monroe pour l’anniversaire du président Kennedy. Des moments inoubliables surtout quand ils sont suivis par un retour brutal à la réalité. « J’étais très honorée, mais le lendemain, j’épluchais mes légumes dans ma cuisine » confiera-t-elle plus tard au journal français Libération. Le tableau s’assombrit davantage l’année d’après quand avec le décès sa mère, Miriam Makeba apprend sans aucune explication qu’elle est interdite de séjour et ne peut donc assister aux obsèques. L’État sud-africain la déchoit alors de sa nationalité et condamne peu après sa musique.
Contrainte à l’exil en 1960 du fait de son apparition dans le film anti-apartheid Come Back Africa de l’Américain Lionel Rogosin, elle passera 31 ans loin de son pays. Myriam Makeba obtiendra un titre de citoyenneté honoraire dans dix pays au rang desquels l’Algérie. Cet exil ne l’empêchera pas d’accumuler les succès et de mener une carrière plutôt pleine. Cinq ans après son exil forcé en effet, elle est lauréate d’un Grammy Award en 1965, avec le chanteur Harry Belafonte pour leur disque An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba. Elle devient ainsi la première chanteuse noire à obtenir cette récompense. En 1969, elle épouse Stokely Carmichael, l’un des chefs des Black Panthers américains et militant des droits civils, dont elle divorcera quatre ans plus tard. Ce mariage lui vaudra d’ailleurs des ennuis avec la justice américaine et l’obligera de nouveau à l’exil, cette fois en Guinée. L’année de son mariage, elle est à l’affiche du premier Festival panafricain d’Alger en juillet et où elle fait un passage plutôt remarqué.
En 1985, elle connut un passage à vide lorsque meurt sa fille Bongi à l’âge de 36 ans. Pour la diva, c’est un moment de grande peine. Surtout qu’elle manque d’argent pour financer l’enterrement et les funérailles. C’est donc dans la solitude qu’elle mettra en terre son unique enfant, empêchant les journalistes de couvrir l’événement. Après un long passage à vide, elle renoue avec le succès en 1987 grâce à sa collaboration avec Paul Simon dans l’album Graceland. Elle publie à cette époque son autobiographie Makeba : My Story. En 1990, Nelson Mandela la persuade de revenir en Afrique du Sud. En 1992, elle fait une apparition dans le film Sarafina ! de Darrell James Roodt qui revient sur les émeutes de Soweto en 1976. Quelques mois plus loin, elle enregistre « Sing me a Song » qui sera repris par le groupe de rap camerounais Le Bantou Pô si. Un coktail savoureux de mélopées qui déclament son long exil. Au générique, l’on notera la présence de James Phiri et de son ex-mari, le saxophoniste Hugh Masekela. Suivront ensuite les tournées jusqu’en 2000 qui voit naître un nouvel album : Homeland.
Adieux Sa réputation assise, la chanteuse sud-africaine est faite ambassadrice de la culture noire de son pays et militante anti-apartheid. Elle est décorée en France au titre de Commandeur des Arts et Lettres en 1985 et obtient la nationalité française en 1990. Dans ses chansons, Miriam Makeba n’hésite pas à dénoncer les inégalités sociales sans toutefois se poser en contestataire de l’ordre établi. Elle chante l’amour, le pardon, la tolérance… Victime de la ségrégation raciale, elle a fait entendre sa voix plusieurs fois en faveur des droits de l’Homme en Afrique du Sud. Lorsque, il y a trois ans, celle là qui a déjà une réputation de chanteuse presque parfaite de Jazz et de gospel, aussi bien en anglais comme en zulu et qui n’a pourtant rien perdu de sa voix chaude et rassurante, encore moins de son sens du rythme fait connaître son intention de prendre une retraite bien méritée, c’est l’émoi chez ses fans ! « Je veux me retirer, mais faire une tournée d’adieu », disait-elle. Elle qui, lorsqu’on lui demandait si parmi les jeunes filles qu’elle encadre l’on retrouvera une Miriam Makeba, répondait immédiatement : Non ! « Personne ne peut me remplacer comme je ne peux remplacer personne ».
C’est donc attristés que, sur plusieurs blogs, des fans épris d’admiration laissaient des messages aussi désespérés les uns que les autre. « Non ! Pour tout ce que la Grande Miriam a fait pour l’Afrique et pour le Monde, elle n’a pas le Droit de se retirer... […] Retraite ! Le mot est mal choisi. Puisque la Miriam est encore fertile. Merci à Elle de nous émouvoir encore » a par exemple publié Yalama Makela sur grioo.com. Mary, quant à elle, lançait : « Maman ne nous quitte pas ! Nous avons encore besoin de toi, tu as encore à donner. C’est le bon Dieu seul qui pourra te retirer de la scène, mais toi, ne le désire pas ». Gisèle, la camerounaise qui l’avait certainement vue évoluer sur différentes scène du pays gardera certainement un goût d’inachevé. Elle qui, sur ce même forum, recherchait désespérément les dates prévues par la star pour son concert d’adieu au Cameroun. Pour se consoler, elle gardera jalousement ces disques de l’artiste qu’elle dit collectionner et écoutera avec la même ferveur le titre « Cameroon » que la « Mama » composa au lendemain de l’un de ses multiples séjours professionnels au Cameroun, pays dont elle avait fini par tomber amoureuse et à qui elle manque tant aujourd’hui.
 
Dorine Ekwè de Mutations, premier quotidien privé du Cameroun

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