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1. Le général Baratieri, commandant de l'armée italienne.« L'humanité, écrit Pierre Pétridès  dans le Héros d'Adoua, dans la suite des grandes confrontations pour l'hégémonie du monde, aura connu quelques étapes décisives et des hommes exceptionnels qui en assumèrent la responsabilité. Pour sa part, l'Europe en a enregistré trois : Salamine, où, en 480 av. J.-C., Thémistocle brisa la menace asiatique ; Poitiers, où, en 732, Charles Martel anéantit la velléité arabe d'islamiser l'Europe ; Lépante, où, en 1571, Juan d'Autriche détruisit le rêve ottoman d'une domination totale. L'Asie, elle, s'enorgueillit de la victoire de Tsu-hima : en 1905, Togo (amiral japonais), en enrayant l'avance russe, mit fin aux desseins impérialistes européens de dominer le continent asiatique. L'Afrique, enfin, a Adoua. C'est là, dans les plaines de ce bourg éthiopien, qu'en1896 fut arrêté le jeu de partage et d'asservissement total, par les puissances colonisatrices, du continent africain. Le héros en fut Makonnen, prince d'Ethiopie et grand d'Afrique. ).

 

Mars 1896. Le XIX' siècle approche de sa fin. Depuis la Conférence internationale de Berlin (1885), les puissances européenne sont pris l'habitude de se tailler impunément des domaines dans le continent africain.

Dans l'Italie qui a participé au mouvement de la colonisation, les ambitions naissent avant même qu'elle ait achevé son unité. Les problèmes posés par cette unité incitent les dirigeants italiens à envisager la conquête coloniale comme un débouché pour une population en expansion. L'émigration, en s'accélérant, fournissait un mobile et un prétexte aux ambitions coloniales. Les partisans de la colonisation, revendiquèrent donc pour l'Italie le droit aux colonies, au nom d'un « espace vital ».

Le premier établissement italien en Afrique fut installé de façon clandestine. Mais, à la fin du XIX' siècle, l'Italie jette son dévolu sur l'Ethiopie, et c'est sous le règne du ras (roi) Makonnen que ses troupes tentent de violer ce vieux pays épris de liberté.

Plusieurs raisons expliquent le choix de

L’Ethiopie par lesdits impérialistes italiens. Tout d'abord, il restait à la fin du siècle dernier très peu de terres « vacantes » en Afrique. Le dépècement de notre continent, commencé au milieu du XIX' siècle, fut parachevé à la fameuse Conférence de Berlin. D'autre part, les Italiens, forts de leur supériorité technique, espéraient vaincre assez facilement un pays aux structures sociopolitiques très archaïques.2. Le général Albertone, qui fut capturé par les Ethiopiens.

Enfin, les Italiens s'étaient assurés de la« neutralité bienveillante » des autres puissances européennes, qui auraient pu s'opposer à sa politique d'agression contre un pays souverain qui n'avait commis d'autre crime que celui d'être en apparence faible. Et c'est à Adoua que va se clore cette première phase de la colonisation italienne. Durant quinze jours, pendant le mois de février 1896, Italiens et Ethiopiens s'observent à une trentaine de kilomètres d'écart.« De toutes parts — raconte un témoin —, les Ethiopiens accourent sur le lieu du combat. Des hauteurs avoisinantes, d'impressionnantes masses d'hommes dévalent commune avalanche fantastique et continue : on dirait une immense fourmilière mise en mouvement. Presque tous les Ethiopiens sont armés de fusils Gras. Le tir relativement rapide de ces armes enveloppe le champ de bataille d'un épais nuage de fumée, que rien ne vient dissiper dans le calme du matin. Après quelques heures d'un combat acharné, les unités italiennes se retirent dans un désordre et une confusion complets. C'est la victoire — la victoire la plus totale, la plus enivrante. »

Ainsi prit fin le jour du 1er mars 1896 sur les monts et dans les vallées d'Adoua. Selon le témoignage d'un officier italien, « les Italiens cherchèrent le salut dans leurs jambes en se débarrassant de tout ce qui gênait ».

L'échec militaire était sévère, les pertes furent lourdes : 4 000 Italiens tués, dont 46 % du corps des officiers, ainsi que 2 000 indigènes ; 1 900 Italiens restaient prisonniers et toute l'artillerie était tombée aux mains des Ethiopiens.

C'est le général italien Baratieri, un des héros malheureux de la bataille d'Adoua, qui, le premier, tira les leçons du désastre subi par ses troupes. Cédons-lui la plume.

« Malheur, écrit-il dans Mémoires d'Afrique, 1892-1896, à celui qui commence une guerre par une défaite, n’eût-elle même que des proportions restreintes. La force morale, qui est l'âme des batailles et le levier qui donne le succès, s’abat, la confiance diminue ; ce plan d'opération s'évanouit avec l'initiative et il faut subir la loi de l'ennemi. L'ennemi, lui, gagne tout ce que perd le vaincu, surtout en énergie morale, en cohésion militaire et en liberté de manœuvre ; il dicte la loi à nos opérations (...).

» 3. Une vue d'Adoua en 1896.Pour nous — poursuit Baratieri le malheur était encore plus grand. Aux pertes morales et matérielles que nous infligea la défaite s'ajoutait la ruine bien plus grave de l'édifice politique, construit pendant des années avec tant de soin pour assurer la défense de la colonie contre l'Abyssinie. »

La défaite d'Adoua entraîna la chute du gouvernement Crispi en Italie ; surtout, elle marqua l'histoire coloniale italienne.

Elle fut aussi d'une importance mondiale, car elle marqua le premier succès substantiel d'un « peuple de couleur » contre les armées de l'envahisseur européen. Elle a du même coup stimulé la résistance aux empiètements de l'impérialisme contemporain. Enfin, les conséquences d'Adoua furent durables, immenses, panafricaines plus qu'éthiopiennes. C'est la bataille d'Adoua— et elle seule — qui transforma les protocoles de Berlin, huit ans après leur signature, en chiffons de papier et donna l'espoir au continent noir. La nouvelle de la bataille d'Adoua s'est propagée à travers le continent noir avec une rapidité incroyable. Pour les Italiens, il y aura désormais Adoua à venger pour les uns, Adoua à éviter à tout prix pour les autres, Adoua à rappeler. Cela signifie que, pour les partisans italiens d'une politique coloniale active, qui veulent ouvrir à l'Italie la route de la« grandeur », il y a maintenant entre l'Italie et l'Ethiopie un passé propice à toutes les exploitations. Et c'est en partie pour venger Adoua que Mussolini — maître de l'Italie fasciste — se lança à la conquête de l'Ethiopie en 1935. Mais là encore, après une période douloureuse, la vieille citadelle de l'Afrique retrouvait bientôt sa pleine liberté. 4. La bataille d'Adoua. (Dessin de l'université Hailé-Sélassié, à Addis-Abeba.)