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On sait qu'à partir du XVIe siècle les Européens voyageant sur la côte d'Afrique, après avoir découvert les immenses bénéfices qu'ils pouvaient tirer de la traite des esclaves, s'efforcèrent de s'emparer d'un certain nombre de points stratégiques le long de cette côte et de les fortifier. C'est ainsi que furent installés les premiers établissements blancs permanents, dont quelques-uns, parmi lesquels le fameux château d'El Mina, sont restés célèbres jusqu'à nos jours.

Ces forts étaient édifiés le plus souvent avec le consentement des populations africaines environnantes, et les conflits entre Portugais, Hollandais, Anglais — bref, toutes les nations marchandes de l'Europe occidentale — et Africains n'éclataient en général que bien après la construction de la place forte, soit à cause des abus que les Blancs commettaient pour se procurer désenclaves au moindre prix, soit parce que les Africains refusaient en fin de compte une présence étrangère et facilement dominatrice sur leurs terres.

Mais l'occupation d'une possession européenne par des Africains la plus connue est celle du fort danois de Christiansborg au XVIIe siècle, épisode célèbre de l'histoire du continent qui se situe dans le cadre des multiples agitations dont la région était alors le théâtre.

En 1653, les Suédois construisent, quelques kilomètres d'Accra, une loge près d'Osou. Celle-ci est prise en 1658 par les Danois, qui doivent l'abandonner l'année suivante aux Hollandais, jaloux du maintien de leur monopole sur cette partie de la côte. Le 14 avril 1661, les Danois reprennent possession de la loge (les Hollandais affirmèrent que les Africains les avaient aidés, ce qui pourrait être une preuve de la constante présence des populations autochtones dans la bataille pour la possession de la côte). C'est en 1670 que la construction du fort danois de Christiansborg est terminée, avec des matériaux venus en particulier du Danemark. Il est le plus important de la région, à côté du fort hollandais de Crève-cœur, achevé en 1652, alors que les

Anglais vont construire, en 1673, le fort James ; de plus, à l'est, il n'a pas de comptoirs rivaux jusqu'à Ouidah. On voit que la Côte-de-l’Or était solidement occupée parles puissances européennes, ce qui n'empêcha pas, quelques années plus tard, le déroulement d'une véritable épopée africaine à Christiansborg. C'est parce que son occupation par des Africains a duré un an, plus que celle d'aucun fort auparavant, qu'elle prend une signification toute particulière dans l'histoire de cette période, et qu'elle laisse déjà prévoir une réaction des peuples noirs contre la domination européenne et leur volonté de se gouverner eux-mêmes.

Dès sa création, Christiansborg a un destin agité : il subit de nombreuses mutineries, dans lesquelles les Akwamu jouent toujours un rôle de premier plan ; 1679 est d'ailleurs l'année de leur victoire décisive sur les Ga d'Accra. Passé aux Portugais dans la même année, le fort n'entre de nouveau en possession des Danois que le 26juin 1683, après une brève occupation africaine. En 1690, un traité est conclu entre les Danois et le souverain akwamu. En1692 arrive le nouveau commandant de Christiansborg : Harding Petersen ; il est fort jeune, et plus tard on dit de sa nomination qu'elle ne fut pas opportune ; mais on peut plutôt penser qu'il fut débordé par les événements qui se déroulèrent sous son gouvernement.

En vertu de l'alliance conclue, les Danois recommencent à cette époque à commercer avec les intermédiaires akwamu qui leur procurent des esclaves. En 1693, l'un de ces intermédiaires, Asaméni, dont le nom va rester célèbre dans les annales de l'histoire africaine, assure la plus grande partie de ce commerce. Asaméni connaît bien les usages européens ; et, entrant facilement dans le fort grâce à ses fonctions, il voit combien la garnison, rassemblant à peine vingt-cinq personnes, est affaiblie par le climat et les fièvres.

On peut expliquer l'intervention d'Asaméni par un ressentiment certain dû aux humiliations que les Akwamu subissaient de la part du commandant du fort, la politique européenne de l'époque étant indissolublement liée à un sentiment de supériorité fortement ancré chez le Blanc. Outre cela, les

richesses entrevues à l'intérieur de la forteresse, accumulées grâce au commerce de traite, ont sans doute renforcé sa décision. c'est au mois de juin 1693 que, avec une grande habileté, Asaméni met au point un plan d'attaque : sous prétexte de commerce, il fait pénétrer dans le fort plus de 80 marchands akwamu, qui reçoivent sur-le-champ des fusils en échange de leur or et de leur ivoire ; comme c'est l'usage. Ils demandent à les essayer, ce qu'on leur accorde. Mais ils ont apporté des balles avec eux et attaquent la garnison par surpris&Au moment crucial, le gouverneur est aux étages supérieurs. Entendant du bruit, il se précipite dehors, son épée à la main, mais il est aussitôt assailli par deux hommes qui ont peu de peine à le maîtriser. Blessé à plusieurs reprises par les compagnons d'Asaméni, il appelle en vain au secours. Voyant que plus personne ne répond et que les Akwamu sont sur le point de remporter la victoire, il s'enfuit pour rejoindre le fort hollandais de Crève-cœur. Asaméni reste donc maître des lieux ; il endosse l'uniforme du gouverneur et occupe le fort.

Cependant, les Danois supportent mal ce qu’ils considèrent comme une terrible humiliation. En décembre 1693, deux navires armés chacun de 26 canons quittent Copenhague à destination de la Côte-de-l'Or ; le 13 mai, ils mouillent devant le fort hollandais de Crève-cœur. Le négociant Meyer, au nom des Danois, fait un somptueux présent au souverain akwamu et obtient la restitution du fort moyennant50 marks d'or. Asaméni, privé du soutien des siens, est dès lors perdu, et, en janvier1694, Thomas Jacobsen est installé comme commandant de Christiansborg.

L'épopée d'Asaméni, courte si on la compare à la permanence de la présence européenne en Afrique depuis le XVIe siècle, est pourtant capitale, non seulement parce qu'elle est l'unique exemple d'unetelle occupation — une année entière —, mais surtout parce que Asaméni a peut-être été la première autorité moderniste indépendante en Afrique noire. Sans reprendre le schéma traditionnel des Etats africains, il a essayé de s'inspirer de la technique militaire européenne pour faire triompher la cause des Noirs dans leur propre pays. •

 

La révolte des akwamu : Christiansborg juin 1693