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En 1591, les Marocains envahirent l'Empire songhay. A la tête d'une armée de 4 000 hommes environ, le pacha Djouder, l'homme de confiance du sultan marocain, renégat andalou, capitaine au grand cœur, atteignit le Niger dans la région de Bamba au mois d'avril.

Son armée comprenait l'élite guerrière du Maroc : 2 000 arquebusiers, renégats andalous ou émigrés de Grenade, 500 cavaliers avec mousquets. 1 500 Arabes armés de lances. Un troupeau considérable de chevaux et de chameaux chargés de vivres, de munitions, de six petits canons et de plu- sieurs pierriers. En atteignant le Niger, Djouder remporta sa première victoire, celle de la traversée de l'immense désert brûlant du Sahara. Au prix de combien de souffrances, de pertes en vies humaines, ce capitaine andalou parvint-il au bord du Djoliba ? Tout plia à sa volonté et à son sens de l'organisation. Du Draa, dans le Sud marocain, où il fit ses préparatifs pendant plusieurs mois, il se dirigea vers la boucle du Niger à travers le Sahara. Il passa par Tindouf, Taoudéni, Araouan et atteignit le Niger près de Bamba. Il marcha vers l'est jusqu'à Tondibi, où il trouva l'armée impériale songhay.

C'était une armée considérable, la plus puissante de l'Ouest africain. Les témoignages diffèrent sur ses effectifs. D'aucuns parlent de 80 000 guerriers, dont 8 000 cavaliers. Les auteurs de Tombouctou, aux- quels nous accordons notre confiance, l'évaluent à 30 000 combattants, dont 12 000 cavaliers. Elle était commandée par l'Askia Ishaq II en personne. Tous les princes, tous les grands dignitaires de l'empire étaient là. L'enjeu était grave ! C'était la liberté, la vie ou la mort de l'empire, d'une civilisation.  Le sultan Moulai El Hassan du MarocEt pourtant, la situation était inégale pour les deux parties. Les Marocains. Numériquement faibles, apportaient des rives de la Méditerranée l'arme diabolique, l'arme à feu, jusqu'alors inconnue au Soudan et qui tuait en masse les ennemis à distance. Leur armée, divisée en deux ailes séparées par une cavalerie en ré- serve au dernier plan, était soumise à une discipline stricte. L'autorité de Djouder

Était grande sur ses hommes, qui apprirent à l'admirer et à l'aimer durant la traversée saharienne.

En face, l'armée impériale, avec ses lances, ses sagaies et ses flèches, était dirigée par un empereur faible, indécis, jouet de son secrétaire, le triste Bokar Lambar, traître à sa patrie et à son souverain. L'armée songhay ne pouvait donc opposer au mousquet marocain que sa masse et le courage de ses preux. Triste contraste pour une bataille décisive ! D'une part, une armée moderne et bien équipée et, de l'autre, une armée féodale et des armes primitives ! Triste bataille dont dépend le sort de l'empire ! La fin des empires n'a-t-elle pas quelque chose de triste ?

Le 12 avril 1591, les deux armées s'affrontèrent dans la plaine de Tondibi, sur la rive nord du Niger. Les Songhay tentèrent de pallier la faiblesse de leur armement en poussant devant eux un troupeau de bœufs qui devait culbuter les positions ennemies et permettre à l'armée impériale d'avancer. Malheureuse tactique ! Les coups de canon de Djouder semèrent la panique générale et le troupeau se retourna aussitôt contre les Songhay, tuant et désorganisant l'armée impériale.

Les canons et les mousquets tonnèrent. L'épouvante gagna les soldats songhay. Et pourtant, l'armée tint bon. Elle tiendra tant que l'Askia ne lâchera pas. Elle combattit vaillamment contre un ennemi supérieur. Bokar Lambar, le traître, entra alors en scène et parvint, à force d'insistance,  à persuader l'Askia de s'enfuir. Le faible Ishaq II ordonna alors la retraite. Seule la garde impériale, qui ne doit pas fuir, resta sur place et sauva par son sacrifice l'honneur des Songhay.

L'Askia Ishaq se réfugia à Gao, dans sa capitale, réunit son grand conseil et décida de faire évacuer Tombouctou et Gao, sur la rive droite du fleuve. Il prit conscience de la faiblesse de son armée ; il envoya alors des négociateurs auprès de Djouder. Il consentit à accepter les exigences marocaines, à payer un tribut de 100 000 pièces d'or et de 1 000 esclaves, à reconnaître la suzeraineté du sultan et posa comme seule condition l'évacuation de son empire dans les meilleurs délais.

Djouder, ayant perdu beaucoup d'hommes à la suite du paludisme et des rigueurs du climat, déçu de la pauvreté de Gao, qu'il venait d'occuper, accorda l'armistice a l'Askia en attendant le retour de la délégation partie porter les propositions de paix d'Ishaq II au sultan du Maroc.

Le sultan Ahmed al-Mansour al-Déhebi (« le Doré ») se mit en colère à l'arrivée de la délégation de Djouder. Comment pourrait- il renoncer à la conquête du Soudan pour un simple tribut ? Ce qu'il voulait, c'était la formation d'un empire marocain au Sou- dan. Bloqué au nord par les Espagnols, l'est par les Turcs, le Maroc ne pouvait s'étendre que par le sud. Le sultan en était conscient. Déjà en 1581, il avait conquis k Gourara et le Touat et, dès 1584, il avait préparé la conquête du Soudan. Les Arabo- Berbères ont toujours été attirés par l'or du Soudan, objet de mythes depuis le haut Moyen Age. Certains auteurs arabes croyaient naïvement que l'on récoltait l'or dans une île comme des céréales. Les marchands maghrébins qui venaient au pays recherchaient surtout l'or et les esclaves, et l'on peut, sans trop d'erreur, considérer l'or du Maghreb comme provenant en grande partie du Soudan.Saharien méhariste

Cet or était échangé au Soudan contre les produits manufacturés du Nord, mais principalement contre le sel saharien de Teghazza, puis de Taoudéni. Qui possède ces mines de sel est maître des fabuleuses richesses du Soudan ! Cela, les sultans du Maroc le savaient. A plusieurs reprises, en 1546, en 1577, en 1584, ils tentèrent en vain d'imposer leur souveraineté sur les mines de sel. En 1584, le sultan envoya 20 000 soldats s'emparer des mines de Taoudéni, qui se perdirent dans le Sahara. En 1591, Ahmed al-Mansour renouvela sa tentative et envoya un ultimatum à l'Askia Ishaq II, empereur du Songhay, l'invitant a reconnaître la souveraineté du Maroc sur les mines de sel de Teghazza-les-Gazelles (Taoudéni). La réponse de l'Askia fut immédiate, hautaine. C'est non ! Il défendra par les armes les droits de l'Empire songhay, qui est maître du Sahara jusqu'au 24` degré de latitude nord. La suite, c'est l'arrivée de Djouder au Soudan et sa victoire de Tondibi.