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Les retombées de la visite de Maduro en Haiti !

Par Jose Clément

Au delà de la coopération Sud-Sud: Sommes-nous devenus un peuple paria sur le plan international?

Décidément, plus rien ne va dans la République. Les dirigeants qui sont censés conduire les affaires de la nation dans la plus grande transparence, dans la dignité, dans l’intégrité et dans le respect absolu des normes régissant le fonctionnement de toute société moderne, font fi totalement de ces principes.

Il aurait été plus sage, dans certaines circonstances, de garder le silence au lieu de faire des déclarations dont les conséquences pourront être néfastes pour l’ensemble de la collectivité. Un leader digne de ce nom doit avoir une certaine retenue, un certain recul avant de faire des déclarations à l’emporte-pièce qui engagent toute une nation. Même si les forces politiques ne réagissent pas, même quand la société civile garde le mutisme le plus complet, l’histoire aura, tôt ou tard, à prononcer son verdict....

On est devenu familier des déclarations abracadabrantes du président de la République qui ne s’est jamais gêné de dire n’importe quoi devant n’importe quelle audience sans tenir compte de la fonction qu’il occupe au sein de la société. Le président Michel Martelly a indiqué que le budget d’investissement du pays est financé à 94% par de l’argent provenant du fonds Petro Caraïbe. Il a fait cette déclaration le mardi 25 juin lors d’une brève visite au pays du président vénézuélien Nicolas Maduro accompagné de sa femme et de plusieurs ministres de son gouvernement. Le successeur du président défunt, Hugo Chavez était venu s’enquérir lui-même sur place des informations sur l’utilisation des fonds de Petro Caribe.

Tout d’abord, le président Maduro ne saurait avoir une idée exacte sur l’utilisation des fonds Petro Caribe au cours d’une visite de quelques heures. Cela aurait été beaucoup plus sage pour lui de rencontrer aussi des membres du Parlement haïtien qui jouent un rôle de contre-pouvoir et de contrôle de l’Exécutif. Ainsi, il aurait pu avoir une idée exacte de la réalité sur le terrain en ce qui a trait à l’apport vénézuélien à Haïti. Peut-être que, la représentation diplomatique vénézuélienne à Port-au-Prince en charge de coordonner la visite de M. Maduro en Haïti a pêché en ce sens. Pourquoi la société civile et la classe politique ont été mises au rancart durant ce voyage officiel?

D’ailleurs, le président de la Chambre basse Tholbert Alexis s’est déclaré “préoccupé par l’utilisation des fonds générés par le programme Petro Caraïbe”. Il dit “ne pas savoir le montant qu’Haïti doit au Venezuela, dans le cadre de ce programme”. Même son de cloche du côté du président du groupe Parlementaires pour le renouveau Institutionnel (PRI), Sadrack Dieudonné. Il croit que ”les autorités haïtiennes ont détourné l’attention du président Maduro sur la mauvaise gestion qu’elles ont faites de ces fonds”....

De toute manière, il y a lieu de saluer la sincère et respectueuse coopération haitiano-vénézuélienne dans une logique Sud-Sud, respectant le droit à l’autodétermination du peuple haïtien. C’est une coopération d’un autre genre où le pays qui donne de l’aide ne dicte pas sa politique et sa vision au pays receveur. D’ailleurs, le président Hugo Chavez s’était engagé dans une véritable transformation de la société vénézuélienne à travers la prise en charge des démunis et des exclus de cette société. Il l’a dit et redit en maintes occasions que l’argent du pétrole doit servir pour améliorer les conditions de vie de la population vénézuélienne. Il a mis en pratique ses dires.

L’aide n’est pas éternelle. Le pétrole n’est pas une source intarissable. Le peu d’aide qu’on reçoit d’un pays frère doit être utilisé rationnellement au bénéfice de la population à travers des projets sensés et justifiés. D’ailleurs, le chef de l’opposition vénézuélien s’est plaint du fait que son peuple a aussi des besoins sociaux essentiels à satisfaire. Il critique en ce sens la politique du président Maduro qui, dans un élan de solidarité agissante, vient en aide à certains pays du sous-continent américain et de la Caraïbe. Autant dire que le message est clair. Si l’opposition arrivait un jour au pouvoir, les profits générés par le pétrole seront exclusivement utilisés au bénéfice du peuple vénézuélien.

M. Martelly doit être à l’écoute de cet avertissement du chef de l’opposition vénézuélien pour comprendre que les mines pétrolières ne se trouvent pas en Haïti. De ce fait, l’argent du fonds Petro Caribe est un prêt remboursable sur une échéance à plus ou moins long terme et que la génération future aura à rembourser avec intérêt. Le président haïtien était on ne peut plus à l’aise, souriant et fier d’annoncer que le budget haïtien d’investissement est entièrement financé par le Pétrodollar. Malheureusement, face à des dirigeants nonchalants, la population haïtienne a acquis un statu de paria sur le plan international. C’est dire qu’Haïti est dans une dépendance la plus totale. Elle dépend des pays étrangers pour construire même un complexe administratif pour loger des institutions étatiques. Le président, en annonçant cette information qui est une vérité d’ailleurs, ne s’est pas rendu compte qu’il est en train de saper le moral de la nation. L’humiliation était à son comble ce jour-là.

S’adressant à la population haïtienne, le président Nicolas Maduro a déclaré sans ambages que “l’aide du Venezuela au pays Latino-Américains et caribéens fait partie d’une logique de justice, de liberté et de stabilisation, face à un capitalisme ravageur”. Il a évoqué l’aide en hommes et en matériels du président haïtien Pétion Alexandre à Simon Bolivar pour libérer toute l’Amérique du Sud, en 1918. En clair, le Vénézuela a entre autres une dette morale de reconnaissance vis-à-vis d’Haïti. Mais ce n’est pas surtout cela qui est important. Il faut voir dans l’aide du Vénézuela à Haïti un acte d’amour, de respect et de solidarité.

A force de vouloir donner des résultats pour lesquels aucun effort n’est consenti. A force de faire marcher à plein rendement la machine à propagande, l’Exécutif haïtien n’a pas pris du recul pour comprendre et admettre que la mendicité n’est pas une option et que la pauvreté n’est pas une malédiction divine. On n’est pas né pauvre. On choisit de l’être et d’y rester. Le gouvernement haïtien a fait choix de la mendicité. Il est plus facile pour les responsables haïtiens de parcourir le monde pour aller demander l’aumône au nom de la communauté haïtienne. Pourquoi le Premier Ministre Laurent Lamothe et le Président Michel Martelly se sont rendus tous deux à Managua, capitale du Nicaragua, durant le week-end dernier pour participer à un sommet sur l’institutionnalisation de Petro Caraïbe? Ils sont tout simplement avides de programme. Puisque, chacun de ces déplacements est grassement payé par la République, sans tenir compte de l’état de dénuement d’une population pour laquelle ils disent travailler pour améliorer son sort.

Au lieu de faire preuve de créativité politique, d’instaurer un dialogue sincère avec toutes les forces vives du pays pour une sortie honorable de crise, de rationaliser les dépenses du gouvernement et d’une gestion saine des maigres ressources existantes, l’Exécutif agit comme si la nation haïtienne est immensément riche. Ainsi, il peut se la couler douce. A regarder la taille du gouvernement avec un Premier Ministre qui empoche également un portefeuille ministériel celui de la Planification, vingt-cinq (25) Ministres, dix (10) Secrétaires d’Etat (1), on comprendra aisément que le budget de la République ne peut pas nourrir tout ce beau monde qui vit dans un luxe éhonté face aux masses haïtiennes défavorisées qui croupissent dans un quotidien le plus abject.

Il va sans dire que les taxes collectées par la Direction Générale des Douanes et la Direction Générale des Impôts ne servent qu’à financer le budget de fonctionnement de la République. Autrement dire, elles servent exclusivement à payer les petits et hauts fonctionnaires publics. L’Etat haïtien peut-il continuer à fonctionner dans une logique qui frise l’indécence avec des responsables parasites dans leur état mental qui ne font aucun effort d’imagination et de créativité pour essayer de sortir le pays du gouffre. Ils se contentent de fonctionner au quotidien avec l’espoir de laisser le gros du problème pour leur successeur.

Le pays n’a pas un hôpital de référence. Ce n’est pas grave. Les haïtiens moyens peuvent passer la frontière dominicaine pour aller se faire soigner. Les plus aisés mettront le cap sur la Floride. Et le tour est joué. C’est ainsi que les autorités haïtiennes comptent résoudre les problèmes de ce pays. Même constat, pour la crise énergétique. Des lampadaires solaires dans les rues en guise de palliatif au black-out. Et à défaut de l’Electricité d’Haïti (EDH), on aura, au prix fort, les services des compagnies privées locales et étrangères pour l’achat du courant électrique. Même si l’Etat pour le moment n’est pas en mesure de payer ses factures évaluées à plus de 63 millions de dollars envers ses compagnies. De toute façon, la Banque mondiale vient de donner 20 millions en appui budgétaire. C’est mieux que rien, dira l’autre.

Peut-on continuer à jouer à l’irresponsabilité?

(1) Source/ Site Primature haitienne

Jose Clément

Centre International d’Etudes et de Réflexions (CIER)

Maryland, 1er juillet 2013