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Par Thomas Péralte.

Le vendredi 18 novembre 2011 ramène le 208e anniversaire de la bataille décisive de Vertières, au Cap-Haïtien, Nord d’Haïti, le 18 Novembre 1803 qui aboutit à l’Indépendance d’Haïti, le premier janvier 1804, suite à de rudes batailles menées contre la puissance colonialiste de France. Depuis lors, Vertières fut le lieu traditionnel pour célébrer cette grande bataille anti-colonialiste et anti-esclavagiste.

Quand bien même, cette année, au Cap-Haïtien, outre le Te Deum à la Cathédrale du Cap et les défilés traditionnels, aucune autre activité traditionnelle n’a été réalisée pour marquer réellement cette date. Aucune délégation du pouvoir central n’a été remarquée, les sénateurs du Nord n’étaient pas présents, la place de Vertières n’a pas été décorée comme à l’ordinaire. Des autorités locales : députés, délégué départemental, les agents municipaux du pouvoir central, les directeurs régionaux, après avoir assisté à la messe d’action de grâce se sont rendus à Vertières pour une petite célébration.



En présence des milliers de personnes rassemblées à Vertières, la célébration a été grandement perturbée par une grande manifestation anti-Minustah. Des centaines de manifestants ont vigoureusement investi Vertières avec des pancartes en mains, banderoles sur lesquelles s’inscrivait en grande lettre : « Aba MINUSTAH ». Les manifestants ont fait savoir qu’on ne peut pas célébrer Vertières avec la présence des troupes de l’ONU sur la terre de Jean Jacques Dessalines. La Minustah n’a apporté au peuple haïtien que le Choléra qui a tué plus de 7 mille Haïtiens et infecté plus de 600 mille autres. Sur tous les murs de la place Vertières, les manifestants ont écrit : « MINUSTAH = CHOLERA ! Clinton + CIRH = Occupation ! Abas Bill Clinton ! Vive une Haïti libre de toutes les forces occupantes ! Vive Vertières !… »

Un fait spécial à signaler : on a fait ériger un stand devant le monument des héros de Vertières, empêchant le public de les voir, de les regarder. Au cours de la soirée du jeudi 17 Octobre, constatant ce fait humiliant, des observateurs ont élevé leurs voix pour demander de déplacer le stand leur permettant de visionner et de laisser l’espace libre pour la prise des photos et de les filmer à l’occasion de ce grand jour. Des constructeurs ont été obligés de déplacer le stand pour laisser le Champ libre au public afin de regarder les héros de Vertières.
A Port-au-Prince, dans les aires du Champs de Mars, en présence d’environ 500 personnes, le président de la République, Michel Joseph Martelly a délivré le message de circonstance, sans faire le déplacement pour Vertières. Contrairement à ce qu’il disait concernant la remobilisation des anciennes forces armées d’Haïti, le président Martelly a annoncé la formation d’une commission civile ayant pour mission d’entamer le dialogue avec les secteurs jugés concernés dans ce dossier, pour enfin établir un calendrier aboutissant à la mise en place d’une force de défense nationale. L’arrêté instituant les membres de cette commission sera rendu public sous peu et il a donné 40 jours ou plus à la Commission pour achever leur travail. Et à partir de ce calendrier de remobilisation des Forces armées d’Haïti, on va annoncer un calendrier de retrait de la Minustah. Comme quoi, l’alternative au retrait des troupes de l’ONU c’est la réhabilitation de l’Armée d’Haïti. Il a également annoncé le renforcement de la Police Nationale d’Haïti (PNH).

Martelly a poursuivi dans son discours : « C’est tout simplement sourire à une vérité historique, que de reconnaître que l’armée est à l’origine de l’Etat comme de la Nation haïtienne. Oui l’armée a structuré la société haïtienne pendant deux cents ans avec des bons et des mauvais jours, mais toujours avec le souci de maintenir intact les idéaux de 1804, Vive Libre ou Mourir. Quand nous fêtons le 18 novembre, nous fêtons cette armée haïtienne victorieuse, qui avait montré au monde entier esclavagiste, le vrai chemin des droits de l’homme. Historiquement, le 18 novembre, c’est la commémoration de la Bataille de Vertières, mais symboliquement, le 18 novembre, c’est la fête de l’armée haïtienne, qui a rendu ce 18 novembre possible. »

Alors que l’histoire enseigne au peuple haïtien que l’armée qui a accompli l’épopée de 1804, donnant ainsi naissance à l’Etat haïtien, c’était l’armée indigène et non une armée modelée sur celle de l’étranger. L’armée haïtienne dont parle le président Martelly est le produit de l’occupation américaine d’une part, et d’autre part de la dictature des Duvalier. « En ce jour du 18 novembre 1803, sous les feux de la mitraille et sous des pluies de boulets, la Nation haïtienne avait rédigé, en lettres de sang et de feu, son acte de naissance, le brevet de son existence et coulé le ciment de sa cohésion. Ce jour-là, dans la fournaise des batailles sanglantes et meurtrières, l'État haïtien s'était dressé, imposant et majestueux dans les guenilles de ses conquérants, auréolé de la couronne de la liberté conquise et de la souveraineté inaliénable annoncée. »

Encore une fois, les autorités du pays dans le souci de protéger les intérêts de leur patron de l’International n’ont pas su tirer leçon de la bataille de Vertières qui mit en déroute la plus puissante armée coloniale de l’époque. La bataille de Vertières a légué à la nation haïtienne une armée indigène qui donna à Haïti son Indépendance, le premier janvier 1804.

«Onze décades et une année» plus tard, en 1915, les Etasuniens débarquèrent en Haïti, transformant totalement l’armée indigène en Gendarmerie nationale. Sous la dictature des Duvalier qui a duré 29 ans, la garde d’Haïti est devenue Forces Armées d’Haïti qui étaient un instrument répressif du régime cynique de la tyrannie. Après la chute de Jean-Claude Duvalier, ces forces armées duvaliéristes s’autodétruisent en s’impliquant dans une série de Coups d’Etat sanguinaires contre toute forme de gouvernement. Elles ont dévié de leur mission historique et militaire, et se sont laissées instrumentalisées, donc on n’a fait que constater la caducité de ces forces. Cette année encore, la commémoration de la bataille de Vertières a été ridiculisée et ceci depuis le débarquement des troupes des Nations-Unies en 2004.

N’est il pas important de souligner que non seulement le 18 novembre n’a rien à voir avec les Forces Armées d’Haiti, dernier avatar de la Gendarmerie d’Haïti créée par l’occupant avant son départ en 1934, mais qu’auparavant c’était le 10 août qu’on célébrait l’anniversaire de création de cette bande de destructeurs. En réalité, cette date du 10 août convient mieux à Martelly, promilitariste, proaméricain, pour cette armée qu’il veut mettre sur pied à l’image de celle laissée par les marines pour veiller au grain impérialiste et tenir les masses en respect.

L’armée que le président Martelly veut rétablir n’est pas à l’image de celle qui avait libéré Haïti de l’ancienne puissance coloniale, mais celle transformée par la force d’occupation étasunienne puis domestiquée et instrumentalisée par la tyrannie duvaliérienne pour massacrer et anéantir.