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Par Frantz Latour

«Haïti est un pur produit du colonialisme et de l’impérialisme, de plus d’un siècle d’utilisation de ses ressources humaines, d’interventions militaires et d’accaparement de ses richesses. Les Haïtiens ne sont pas coupables de leur pauvreté actuelle. Ils sont victimes du système imposé au monde. Ils n’ont pas inventé le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’échange inégal, le néolibéralisme, ou les formes d’exploitation et de pillage qui affligent la planète depuis deux cents ans «.

Fidel Castro Ruz

 

Le 12 janvier 2010, quelques minutes avant cinq heures de l’après-midi les populations de Portau- Prince, Gressier, Léogane, Petit- Goave, Miragoane, Jacmel et des petites villes et localités avoisinantes s’apprêtaient à rentrer à la maison, comme à l’ordinaire, après une journée de dur labeur. Soudain, à 4 heures 53 minutes, une gigantesque secousse sismique pendant trente cinq agonisantes secondes jetait la panique et semait l’effroi parmi les habitants des zones secouées. Trente- cinq secondes qui ont ébranlé Haïti et ont fait de la capitale un amas de ruines, un immense champ de désolation, de cris, de douleur, de deuil et de désespoir. Un cataclysme d’une violence inouïe causait la mort de milliers de personnes. En date du 9 février 2010, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, ministre des Communications, confirmait un bilan de 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abri (Radio Canada. Nouvelles Internationales.10 février 2010).

 

Le bilan matériel a été catastrophique, la souffrance humaine infinie, le choc psychologique dévastateur. Autant le désarroi généralisé et une peur tétanisante étreignaient les cœurs, autant la population se trouvait brusquement dépourvue de points de repère, de bouée de sauvetage où s’accrocher, dépourvue de leadership, de mots d’ordre rassembleurs, d’autant que la catastrophe avait fait du premier mandataire de la nation un zonbi au visage blafard, hébété, hagard, un homme totalement incapable d’assumer ses responsabilités de chef de la nation.

 

Le séisme avait surtout frappé toutes les zones géographiques s’étendant de Pétion-Ville vers le sud jusque dans la ville de Jacmel, le long d’un trajet meurtrier et dévastateur. Partout la désolation, d’énormes amoncellements de pans de murs, de blocs de béton entremêlés de tiges de fer tordues par la violence de la secousse tellurique. Partout des cris d’épouvante, de stupeur. Partout des corps écrasés, broyés sous le poids des décombres. Partout des survivants courant dans tous les sens, éperdus, effrayés, comme faisant face à «l’abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel». Partout une odeur de chair vive happée par la mort. Ici et là un bras ou une jambe coincés sous une dalle de ciment. Des cris déchirants de parents impuissants, témoins des appels désespérés d’un enfant écrasé et mourant dans d’horribles souffrances. Partout le spectre hideux de la mort, partout une image catastrophique de fi n du monde.

 

Tous les repères de l’imaginaire haïtien habitué au panorama de Port-au-Prince s’étaient effondrés comme des châteaux de cartes : le Palais national siège par excellence du pouvoir convoité par nombre de politiciens, le Palais de Justice qui s’était écroulé recouvrant d’épaisses couches de poussière et de gravats des centaines de dossiers judiciaires certains sans doute très importants, la cathédrale de Port-au-Prince témoin de prestations de serment présidentielles rehaussées du traditionnel hymne Te Deum laudamus, l’immeuble dit des Contributions, le Pénitencier national lieu de détention témoin de la présence de prisonniers célèbres comme Joseph Jolibois et Georges Petit ou anonymes comme les centaines de jeunes des quartiers populaires embastillés au lendemain du coup d’Etat de février 2004 pour des raisons politiques.

 

A travers le monde la consternation était générale, l’émotion palpable sur toutes les chaînes de télévision. Un énorme élan de générosité accompagnait le peuple haïtien. De partout, et dans les premières heures, affluaient des notes de condoléances aux familles éprouvées, des prières, des mots de sympathie et d’encouragement à l’adresse des survivants. Au peuple haïtien on promettait tout l’appui matériel nécessaire qui devait être acheminé en force. Toutefois, les jeunes des quartiers détruits s’étaient déjà mis à l’œuvre. Les mains nues, de façon héroïque, ils essayaient de sauver des vies en tâchant de sortir les corps encore en vie de dessous les gigantesques amoncellements de béton, de ciment et de ferraille. Dès les premiers moments de la catastrophe, les contingents cubains déjà présents en Haïti depuis 1992 étaient les premiers à être à pied d’œuvre travaillant d’arrache-pied et sans relâche en apportant les soins d’urgence nécessaires, dans des conditions souvent extrêmement difficiles.. Les Haïtiens s’attendaient tout naturellement à ce que ce bel élan fraternel de solidarité médicale, se répète à tous les niveaux de la chaîne d’aide promise à Haïti.

 

Hélas non ! Le seul aéroport de Port-au-Prince par où devaient s’acheminer tous les secours était confisqué et occupé par des forces militaires états-uniennes qui bloquaient l’entrée de toute aide venant de l’extérieur au profit du débarquement de quelque 20.000 militaires on ne sait à quelles fi ns de « protection de la population » contre tout débordement «d’éléments marginaux » susceptibles de se livrer au pillage et aux pires violences. Des vols apportant du matériel de secours en provenance de la France, du Venezuela, par exemple, était interdits d’atterrissage sans forme de procès. La population déjà angoissée et terrassée par le tremblement de terre assistait effarée et impuissante à cet énorme et indésirable déploiement de soldats armés jusqu’aux dents, l’air à la fois menaçant et conquérant.

 

Entre temps, le gouvernement qui sans doute avait vu une bonne partie de ses membres durement affectés par le désastre, avait été néanmoins incapable de se ressaisir et de mettre sur pied une cellule de crise pour gérer la désastreuse situation, faute d’un capitaine compétent aux commandes du navire national en détresse. Les engins lourds pouvant assurer le déblaiement des carcasses d’immeubles effondrés et potentiellement sauver des vies humaines manquaient cruellement. On pouvait s’attendre à la présence d’un corps du génie états-unien qui aurait pu prêter main forte à un Centre National des Equipements (CNE) du reste anémique et mal organisé. Mais les forces et le commandement américains avaient d’autres chats à fouetter, d’autres préoccupations. Tant de vies auraient pu être sauvées si seulement le pays avait un gouvernement et un président à la hauteur du moment et soucieux de la population, si seulement le grand voisin du Nord avait voulu faire preuve d’humanité. La préoccupation était davantage militaire et géopoliticienne qu’humanitaire.

 

Les premiers jours, les premières semaines, même les premiers mois du désastre, il y a eu plusieurs équipes médicales et chirurgicales qui ont dû pratiquer des opérations du genre de celles qu’on voit dans un contexte de champ de bataille. Sans doute il y a eu des membres qu’il fallait amputer parce que menacés de gangrène. Mais dans l’euphorie de produire des statistiques, de paraître plus performant qu’un autre, il y a eu malheureusement des amputations inutiles qui ont laissé des handicapés dont, tragiquement, les autorités et instances médicales concernées n’ont eu cure de prendre soin. Autant de souffrances physiques, autant de traumatismes psychologiques qui ne verront vraisemblablement jamais aucun espoir d’être pris en charge de réhabilitation.

 

Plus le temps passait, plus il était évident que le gouvernement haïtien n’était pas vraiment soucieux de venir en aide à une population vivant dans des conditions quasiment infrahumaines, sous des tentes ou des bâches, ces dernières peu solides en cas de fortes intempéries. Le Champ-de-Mars, tout l’espace en face et aux abords du Palais National, le stade Sylvio Cator, la place de Pétion-Ville et tant d’autres sites ailleurs étaient devenus des camps de sinistrés auxquels s’intéressaient seulement des ONG totalement hors du contrôle de l’Etat haïtien et qui disparaissent quand la manne venue de l’étranger ne tombait plus dans leur escarcelle. Les conditions d’hygiène y sont encore déplorables, l’eau quasi inexistante de même que l’électricité, l’absence de cette dernière favorisant des attaques nocturnes par des voyous qui volent et violent au gré de leurs pulsions de délinquants dévoyés. Manifestement, l’Etat haïtien pourri de la tête au plus simple employé se fiche entièrement du sort de ces gens qui n’intéresse pas les politiciens, l’Internationale, la «bonne société», la société si vile, ni même l’Eglise.

 

A ce monde vivant sous les tentes dans des conditions si précaires, il a été fait des promesses de construction de logis «parasismiques », laissez-moi rire… Un an plus tard, malgré les millions donnés à Haïti aux bons soins des ONG que ne supervise pas l’Etat, les sinistrés n’ont encore vu que le soleil qui poudroie, l’herbe qui verdoie et les maisons promises dansant une folle sarabande en plein mirage «périsismique ». On sait maintenant que les millions envoyés par le Venezuela à titre d’aide lors des précédentes intempéries ont été siphonnés à travers on ne sait quel système de tortueux tuyaux collecteurs aux mains de truands pour faire la campagne électorale – à la mode américaine – du poulain du pouvoir. Ces coupe-jarrets n’ont jamais eu le jabot suffisamment rempli et ce n’est pas le malheur de milliers de démunis qui allait changer leurs habitudes goinfres.

 

En principe, la relocalisation des sinistrés devrait faire partie du plan de reconstruction ou de refondation des villes détruites, à commencer par la capitale. Il y a eu diverses réunions à ce sujet dont la dernière a eu lieu, on ne sait pourquoi, dans la république voisine. Des milliards ont été promis ou assignés à ces fi ns de refondation. Un an plus tard, on dit que moins de 5% de ces fonds ont été effectivement canalisés vers Haïti. On ne sait ce à quoi ont servi ces milliards puisque les sinistrés vivent encore en situation très marginale, en fait dans le dénuement et dans d’atroces conditions d’insalubrité. En réalité la question fait, ce mardi 11 janvier, l’objet d’une émission télévisée sur la chaîne CNN au programme AC 360º avec Anderson Cooper: « Où est passé l’argent ?» demande le présentateur.

 

Selon le Huffington Post en date du 10 janvier 2011, « Bien que les donateurs aient promis près de 10 milliards de dollars, le déploiement effectif du financement du programme [de reconstruction] a été atrocement lent et désordonné. Des discussions à propos de reconstruction permanente, durable de l’infrastructure et des logements planent encore dans les limbes politiques .... «. Même la CIRH fait remarquer que « la plupart des décombres du séisme gisent encore intacts dans les rues». Plutôt que d’utiliser les millions reçus à titre d’aide, Préval a préféré dilapider 29 millions de dollars à organiser des élections: la plus honteuse, pitoyable, rocambolesque et tragique expérience électorale dans l’histoire du pays.

 

En fait, rien du mépris post sismique de la population sinistrée et du pays n’est étonnant, car les traîtres à la patrie à la tête du gouvernement et la riche, salopard de élite argentée et dorée, étroitement inféodée à l’Internationale qui ont toujours travaillé en étroite collaboration avec les institutions internationales pour mettre le pays dans l’état où il se trouve sont ces mêmes misérables qui aujourd’hui sont maintenant en charge de la dite refondation. Refondation élaborée à Washington qui dans les faits a carrément écarté le gouvernement haïtien de la gestion des affaires qui a été confi ée à Bill Clinton. C’est dire le degré de dépendance et de «restavèktance» de la partie haïtienne qui à l’intérieur de la CIRH a accepté de se laisser attribuer moins de cinq millions du pactole des 300 millions de dollars US, représentant le total d’argent alloué pour la dite reconstruction. Minuscule portion acceptée sans broncher par les gros zouzounn de la flibuste économique haïtienne. Ce sont des firmes américaines qui ont raflé le plus gros du magot.

 

Clinton veut, à travers la CIRH, maintenir sinon renforcer la politique de la communauté internationale, des Etats-Unis en particulier et des institutions monétaires sous leur dépendance, celle consistant (1) à faire d’Haïti une pourvoyeuse de main-d’œuvre à bon marché (2) à appliquer les politiques d’ajustement structurel (PAS) dont le but est d’assujettir l’économie du pays au payement de la dette en y appliquant la maxime « exporter plus et gagner moins ». Les PAS préconisent : de bas salaires, une réduction draconienne des dépenses publiques (éducation, santé, logement, aide sociale, infrastructures…); le gel des salaires; l’élimination des subventions aux produits de première nécessité; l’abolition du contrôle des prix; les privatisations à l’avantage des grandes multinationales; le licenciements des travailleurs de l’Etat jetant des dizaines de milliers de travailleurs à la rue ; l’abaissement des tarifs douaniers, à l’origine du fait qu’aujourd’hui nous importons presque toute notre alimentation de base des Etats-Unis, alors que dans les années 1980, Haïti produisait 80% de sa nourriture. En ce premier anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010, voilà ce que recherchent Clinton et les pantins dont il tire les fi celles.

 

Evidemment, dans le cadre de la CIRH, Clinton patronne les intérêts des producteurs et entrepreneurs américains et des milliers d’ONG, parasites pour la plupart, faisant leur beurre en Haïti. Ce n’est certainement pas de reconstruction qu’il s’agit, au sens des intérêts et du relèvement structurel, social et économique d’Haïti. Et les élites économiques et sociales haïtiennes – renforcées depuis 2004 par une frange d’intellectuels mòfreze – qui ont toujours été à la traîne de leurs patrons européens et américains de façon à s’enrichir sur le dos de la majorité – ouvrière et paysanne – travailleuse et exploitée, ne peuvent qu’applaudir à la curée que nous préparent la CIRH et son PDG Bill Clinton, en ce premier anniversaire du mémorable tremblement de terre du 12 janvier 2010.

 

Nous ne terminerons pas ce devoir de mémoire sans rendre un hommage remarqué et mérité à la Brigade cubaine spéciale dépêchée en Haïti dès le 13 janvier. Voilà ce qu’en dit Fidel Castro dans l’une de ses «Réflexions»

 

«Nos médecins travaillent tous les jours dans 227 des 337 communes. En outre, au moins quatre cents jeunes Haïtiens formés comme médecins dans notre pays… travaillent maintenant avec les renforts que nous avons envoyés hier 13 Janvier, pour sauver des vies dans cette situation critique. Nous pouvons mobiliser sans efforts particuliers un millier de médecins et de spécialistes de la santé qui sont pour la plupart déjà en place et prêts à coopérer avec tous les États souhaitant sauver des vies haïtiennes et de soigner les blessés.

 

Beaucoup d’autres jeunes Haïtiens font actuellement des études de médecine à Cuba. Le chef de notre brigade médicale a informé: ‘‘La situation est difficile, mais nous avons déjà commencé à sauver des vies.’’ Tel était le message laconique qu’elle pouvait envoyer quelques heures après son arrivée le 13 à Port-au-Prince à la tête de renforts médicaux. Elle a informé plus tard cette nuit que les médecins cubains et les diplômés Haïtiens de l’école latino-américaine de médecine (ELAM) à La Havane ont été déployés dans le pays. Ils ont traité à Port-au- Prince plus d’un millier de blessés, après avoir transformé en unité d’urgence un hôpital qui ne s’était pas effondré et utilisé des tentes, le cas échéant. Ils se préparaient à installer sans délai d’autres centres de soins d’urgence. Ils ont commencé à travailler inlassablement, jour et nuit, dans des installations encore debout, dans des tentes, dans les parcs et les espaces publics, parce que les gens avaient peur des répliques sismiques.

 

Conformément à la position annoncée publiquement par Cuba, le personnel médical d’autres nationalités, y compris des Espagnols, des Mexicains, des Colombiens, ont travaillé dur avec nos médecins dans les établissements que nous avons improvisés. Des organisations comme l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) et des pays amis comme le Venezuela et d’autres ont fourni des médicaments et une variété d’aide. Le personnel médical cubain et ses dirigeants, faisant preuve de conduite dépourvue de chauvinisme, ont catégoriquement refusé de tenir la vedette». En ce premier anniversaire de ce terrible tremblement de terre nous disons un merci fraternel aux membres de la Brigade cubaine.

C’est dans la souffrance et le recueillement que les Haïtiens, particulièrement ceux-là qui ont été douloureusement affectés par le séisme, commémorent aujourd’hui cette date inoubliable, l’impact apocalyptique de ces trente-cinq secondes qui ont ébranlé la nation haïtienne. Et tandis qu’elle se remettait de ses deuils, il lui est tombé dessus une sale épidémie de choléra apparemment apportée au pays par le contingent népalais de la Minustah et qui, tragiquement continue encore à faire des ravages dans la population. A tous les Haïtiens qui ont perdu des membres de leur famille tant lors du tremblement de terre que pendant l’épidémie de choléra en cours, le journal adresse ses plus vives sympathies. Il leur souhaite beaucoup de courage en cette année 2011. Haïti survivra à cette catastrophe et renaîtra de cet immense malheur.

 

 

Fidel Castro Ruz,