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Cela fait déjà deux cents dix-neuf ans depuis qu'à eu lieu le grand Congrès connu sous le nom de BOIS-CAÏMAN. Avons-nous vraiment compris l'importance de ce Congrès ? Comprenons-nous véritablement la dimension de cette bataille initiée par Duty Boukman ? Où en sommes-nous aujourd'hui ? Tout un ensemble de questions qui nous permettra de nous ressaisir dans la mesure où nous sommes ressaisissables.

 

Que l'on ait au moins le courage de le dire : « nous avons gaspillé BOIS-CAÏMAN  ». Cela fait justement deux cents dix-neuf ans depuis que cette cérémonie a eu lieu et nous sommes encore au point zéro. Les seuls pas que nous avons faits ne sont rien d'autre que des va-et-vient vers nulle part. Certains parlent de Conférence nationale, d'autres de dialogue nationale même de la réalisation d'un nouveau BOIS-CAÏMAN ... enfin, toute une kyrielle d'appellations qui ne servira à rien, outre que nous diviser, en fonction de notre petitesse intellectuelle, pour une question de paternité.

 

IL EST GRAND TEMPS DE NOUS RESSAISIR.

 

Notre grand mal c'est peut être cette manie de fixer obstinément l'avant, comme si l'avenir ne se construisait rien que de cette manière. De même que dans la voiture le rétroviseur est d'une grande importance - au point que certains historiens de l'automobile iront même jusqu'à dire que c'est la plus judicieuse invention, jusqu'à date, faite au niveau de l'automobile – il est tout aussi important pour un peuple de constamment puiser dans son passé pour ne pas être comme ces hommes qui ne savent pas où commencer par mettre les pieds lorsqu'ils sont dans un pays étrangers.

 

La cérémonie du BOIS-CAÏMAN  est au peuple haïtien ce que le Serment du jeu de paume est à la révolution française de 1789. D'une dimension beaucoup plus élevée, il serait même absurde de les comparer tenant compte de la dimension spirituelle dont est aussi teneur BOIS-CAÏMAN, qui posa les bases de Hayti, l'empire de la liberté. Aujourd’hui, on peut se demander si nous sommes vraiment les fils et filles, les authentiques héritiers et héritières de ces braves gens, qui ont su soutenir en face du système esclavagiste dominant de l'époque, le vaincre, pour donner naissance à un nouveau pays, qui fonctionnera à partir d'un nouveau système qui tiendra compte de la valeur humaine dans toutes ses dimensions ?

 

Dans le Congrès du BOIS-CAÏMAN, que certains ont malheureusement tendance à diaboliser - si seulement ils pouvaient donner une définition sérieuse de DIABLE, il est question d'une cérémonie dont l'importance révolutionnaire dépasse complètement l'espace géographique haïtien, pour occuper les espaces civilisationelles et racial de toute l'Afrique et de l'homme noir. A travers ce Congres nous avons vaincu un double mythe : d'abord le mythe de la supériorité et de l'invincibilité du Blanc, ensuite celui de l'imposition de la divinité blanche au reste du monde. C'est donc la preuve que nous sommes les enfants d'éminents penseurs, intellectuels mais surtout révolutionnaires, dont malheureusement les prétendues grandes Universités, la lecture de grands auteurs, de grands ouvrages nous ont fait nier au détriment de nous-mêmes parce que justement nous ne lisons pas à travers notre propre pensée.

 

UN EXEMPLE ORGANISATIONNEL

 

BOIS-CAÏMAN  ne s'était pas organisé pour qu'aujourd'hui nous soyons aussi face à face, aussi divisé, mais surtout pour une question de pouvoir qui est, depuis l'assassinat de Dessalines, la principale source de nos malheurs. Des partis par-ci, par-là, semés dans les quatre coins du pays, mais surtout concentrés dans la Capitale en étant PARTIsans, PARTI-pris et mal PARTI. En effet tout, sauf parti politique. Cela n'a vraiment pas de sens. Au moins, regardez à travers BOIS-CAÏMAN, cet exemple d'Unité, de conscience réelle qu'il faut prendre surtout lorsque nous sommes exposés en face d'un défi qu'il faut à tout prix lever en vue de sauvegarder notre dignité de peuple.

 

Je me trompe peut-être, mais j'ai l'impression qu'il n'y a plus personne à vouloir gouter à un peu de grandeur dans ce pays. On dirait que plus personne n'a envie de figurer dans ces grandes pages de l'histoire universelle où figurent Thomas Jefferson, Toussaint Louverture, Jean Jacques Dessalines, Abraham Lincoln, Lénine, Mao, de Gaulle, Che, Jerry Rawlings, Thomas Sankara, Nelson Mandela etc. Tout se fait aujourd'hui pour la poche. Quelle aberration non !

 

Duvalier et Lorimer Denis écrivaient à propos de Boukman que « dès que dans une collectivité et à une époque donnée il doit s'accomplir de grandes choses pour la réalisation de plus de justice et de lumière parmi les hommes, il jaillit de la matrice de la race un de ces leaders qui, dans leur équation personnelle synthétisent toute la conscience de la collectivité ». Serait-ce à dire que la matrice de notre peuple n'est plus féconde, qu'Haïti est ménopause ? Je n'en suis pas si sûr. J'ai la conviction que les nouveaux Boukman sont là, sous les tentes probablement, au champ de mars, à corail etc. dans les villes de province. N’importe où. On ne les voit encore pas parce que probablement ils ont peur d'être assassinés eux aussi, ou du moins qu'ils n'ont pas encore le bouc émissaire pour avoir l'aval de la masse.

 

Une chose est sûr : pour aboutir à tout cela, il faut d'abord que nous nous organisions, poser le défi du développement, jouer carte sur table comme le dirait Georges Anglade. L'ennemi n'est inconnu à personne ici : c'est la pauvreté. Il faut, tout comme nos ancêtres qui, par le biais de leur capacité organisationnelle, ont passé de l'esclavage à la liberté, passer du sous-développement au développement.

 

UN EXEMPLE SPIRITUEL

 

Intellectual warfare (le combat intellectuel) c'est le titre du bestseller de l'éminent penseur afro états-unien Jacob H. Carruthers.  Dans le premier chapitre de cet ouvrage que l'on conseil tres souvent à tout intellectual noir de lire, l'auteur pose cette citation " throw away the image of the god of the whites who has so often brought down our tears and listen to liberty which speaks in all our hearts". Qu'est-ce que cela signifie: Briser l'image du Dieu des Blancs qui a soif des nos larmes, écouter en nous-mêmes l'appel de la liberté. Ladite citation est tirée de la prière de Boukman.

 

L'utilisation d'une telle parole est d'une importance capitale dans le cadre d'un combat, surtout comme le nôtre, qui ne se mène pas uniquement sur le plan matériel, mais qui revêt aussi d'une grande dimension spirituelle. A travers cette prière, Boukman a, comme l'aurait dit Jean Claude Cherubin, « kase ni chenn nan pye ni chenn nan tèt ». Lesquels mots prononcés par Boukman n'étaient pas seulement d'une hardiesse intellectuelle mais comportaient également une dimension spirituelle très élevée. Or jusqu'à présent, certaines personnes, pour ne pas dire la grande majorité, ont du mal à se défaire de la domination spirituelle occidentale.

 

Malgré la publication de ce livre tant apprécié de Jean Price Mars, Ainsi Parla l'oncle, qui démontre que le Vodou est une religion comme  les autres, nos prétendus intellectuels se contentent uniquement de claironner que c'est un bel ouvrage, une révolution même dans le monde littéraire haïtien, sans pour autant détenir un respect réel à son égard (...).

 

Aujourd'hui, les pires ennemis vodou sont encore les Haïtiens qui ne sont malheureusement pas à même de comprendre qu'il n'existe pas pire idolâtrie que de se prosterner devant des dieux et des héros étrangers à soi-même. A quel niveau est notre cécité pour ne pas remarquer que dans tous les livres sacrés, il s'agit toujours de la retracée de l'histoire d'un peuple. Pas deux. Et le Dieu qu'ils présentent est toujours en leur faveur.

 

Quand alors  aurons-nous l'amabilité de faire parler Dieu au nom de notre propre bonheur de peuple. Nous avons peur de blasphémer pour ne pas aller en enfer. Qu'on est lâche. Il est grand temps de savoir que Dieu est Dieu par lui-même, qu'il est toujours nommé en fonction de la culture qui parle. Le nom qu'on lui donne n'est qu'un repère de culture, d'identification en fonction de la réalité mythologique et historique. Il faut retenir comme le dit le Daho que celui qui vous dominera dans la religion, dans la spiritualité, règnera absolument sur votre esprit, sur votre mental et certainement il prendra possession de vos soleils, de vos plages, des produits de vos sols et sous-sols et le pire, sera que les cerveaux de vos intellectuels seront les gardiens de son grenier. Ce n'était pas des étrangers qui ont acidé les arbres se trouvant dans l'espace du BOIS-CAÏMAN, sous prétexte qu'ils étaient habités par des esprits de démons, mais bien des compatriotes haïtiens.

 

Les questions les plus fondamentales qu'il sied  de se poser présentement sont :

Faut-il être de la religion des autres pour connaitre l'amour et les bienfaits de la liberté ?

Faut-il être de la religion des autres pour connaitre la vérité et sa Sagesse ?

Faut-il être de la religion des autres pour être un véritable dans le véritable de sa réalité de peuple, dans sa réalité de son mystère de genèse ?

Faut-il être de la religion des autres pour cultiver le blé et le transformer en farine ?

Faut-il être de la religion des autres pour que l'eau nous désaltère, pour que le soleil nous réchauffe et la lune nous soit une lumière tamisée et satinée ?

 

Cessons de nous comporter en égarés qui ne questionnent rien dans l'existence. Il est tant de cesser d'être l'objet de manipulation des autres cultures et civilisation pour retourner une fois pour toute à l'œuvre de Boukman en vue de nous prendre en charge « et sur le plan matériel et sur le plan spirituel ». Il n'est plus question d'être comme ces savants qui ont soutenu leur thèse de doctorat sur DIRE PARDON, mais qui ne prennent même pas cas de vous lorsqu'ils vous piétinent. Il faut concorder parole et action. Il nous faut rendre complet dans sa toute complétude le grand rêve de Boukman.

 

 

Roudy Stanley PENN

Politologue et Passionné d'Histoire

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