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Une immense vague de compassion s’est emparée de la planète après le tremblement de terre en Haïti. Derrière cette solidarité « du village planétaire » se profile néanmoins un discours des médias sur l’île qui n’est pas exempt de clichés et de représentations réductrices. Pour connaître Haïti, plus que les raccourcis faciles des médias, ce sont les arts et la littérature de cette île qu’il faut entendre.

 

 

« Rien ne m’enivre comme les forts désastres, je me saoule facilement des malheurs… », disait Céline. Les hommes de médias pourraient reprendre à leur compte cet aveu tant ils semblent se délecter des horreurs d’Haïti. En effet les images du désastre tournent en boucle sur Internet et sur toutes les télés du monde :

des maisons en poudre, des cadavres brûlant au bord des voies, d’autres en putréfaction, des blessés enfouis sous les éboulis, des survivants hébétés errant entre les ruines comme des zombies… Voilà les images d’Apocalypse, de fin de monde qui envahissent les écrans et nos cœurs. L’émotion s’est levée comme une vague géante, la déferlante de la compassion universelle a inondé la presse, suscitant la surenchère dans la compassion et l’inflation de la générosité des Etats. De généreux donateurs sortent les chéquiers et les nations usurières effacent les dettes de l’île.

On ne peut qu’applaudir cette prompte mise en branle de la solidarité mondiale. Toutefois, il faut s’interroger sur l’indécence et le voyeurisme macabre des médias dans cette tragédie. Pourquoi cette surenchère dans le macabre ici, quand on sait que la retenue fut de mise lorsque le cyclone Cathrina dévasta le Sud des USA ?

On n’a pas vu d’images de cadavres en putréfaction flottant dans les eaux boueuses du Mississipi, ni des pillards mettant à sac les magasins ! Même d’Afghanistan ou d’Irak, lieux où les attentats terroristes et les représailles des GI’s font, tour à tour, des monceaux de cadavres, ces télés se font pudiques. Ces médias réussissent, par une cosmétique de l’image, à vendre une guerre propre bien que l’on sache que la guerre a toujours été dégueulasse !

Alors pourquoi cette indécence quand il s’agit d’Haïti ? Parce que la mise en images et en discours d’Haïti n’est pas un récit sur l’altérité. Ce récit dévêt Haïti de son humanité pour en faire une étrange ménagerie. Et on assiste à l’élaboration d’un discours moralisateur et accusateur sur l’île, comme si elle expiait par ce désastre, un crime ancien. Aussi parle-t-on d’Haïti comme d’une île martyre et même de malédiction divine.

Dans cette tentative de construire rapidement une histoire de l’île, les médias s’accrochent aux épisodes les plus sombres d’Haïti, évoquant le cycle des dictatures des Duvalier Père et Fils, les Tontons Macoutes, le Vaudou, les cyclones dévastateurs, les inondations incessantes et maintenant, la terre qui s’ouvre et avale tout.

En amenant le débat sur le terrain métaphysique ils écartent toute rationalité dans l’analyse et participent ainsi à diaboliser l’île et ses habitants, ils l’insèrent dans la liste des cités maudites des dieux comme Sodome ou Gomorrhe.

Pourtant Haïti, c’est aussi autre chose. Cette nation reste un symbole pour tous les Noirs du monde. Haïti est la première république nègre, le pays où « la négritude se mit debout pour la première fois », selon Césaire. C’est aussi la première armée nègre à défaire l’armée de Napoléon Bonaparte, mais l’Histoire de France est oublieuse de ce fait.

C’est aussi une terre de héros. Toussaint Louverture et Dessalines sont des figures illustres qui restent des modèles politiques pour le monde noir. Haïti, c’est aussi une île féconde en écrivains et en artistes de génie dont les essais, les poèmes, les romans, les tableaux et les chants sont les témoignages les plus justes sur l’histoire d’Haïti.

Jacques Roumain, René Depestre, Jacques Stephen-Alexis, Jean Metellus, Frankétienne, George Anglade, Dany Laferrière, Kettly Mars, Louis-Philippe Dalembert, Lyonel Trouillot, Rodney Saint-Eloi, Basquiat, Coupé-Cloué, Wycleef Jean… et j’en oublie, sont la preuve que Haïti offre au monde la fine fleur des arts et des lettres. En 2009, plus d’une dizaine de prix internationaux ont récompensé des auteurs haïtiens.

Et puis Haïti souffre aujourd’hui parce qu’elle est une terre convoitée par les grandes puissances, mille fois pillée, occupée par la France pendant des siècles et les USA à partir de 1915, toujours exploitée. Mais cela, on l’oublie souvent. D’ailleurs, une sagesse africaine dit que tant que les histoires de chasse nous seront contées par les chasseurs et jamais par les animaux, ces hommes auront toujours le beau rôle. Aussi le jour où les histoires de chasse nous viendront du lion, elles seront plus vraies. Ainsi en va-t-il de l’Histoire des nations.

Non ! Haïti n’est pas maudite. Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans sa littérature et ses arts qui dessinent la géographie d’une nation insulaire en lutte perpétuelle contre l’adversité, une nation qui plie sous les forfaitures des hommes et de la nature, mais qui ne rompt pas… Haïti est blessée mais Haïti est debout. « Debout dans le vent/ dans L’air/ Debout et Libre », comme le clame le poète.

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