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Polémique en Côte d’Ivoire : les partisans de la guerre qui déjà sont mis à mal par le nouveau plan de paix proposé par le président Laurent Gbagbo « DIALOGUE DIRECT », trouvent en Alpha blondy, l’un des artisans pour la paix, un nouvel ennemi.

En effet, c’est la diffusion sur les chaines ivoiriennes d’un nouveau clip « Armée française », chanson écrite déjà en 1998 du célèbre chanteur Alpha Blondy que les partisans de la guerre ont tous fait un lever de bouclier médiatique en accusant l’auteur de vouloir créer le trouble, voir même l’accusé d’être anti français alors que sa femme et ses enfants sont de cette nationalité.

L’artisan dénommé pour la paix se voit donc obligé de répondre à ses interlocuteurs, ou dirons nous , protagonistes dans la crise que traverse le pays, pour tenter de faire une rectification et nous apporter quelques éclaircissements sur son réel intention en faisant diffuser un clip mettant en exergue les exactions de l’armée française sur la population ivoirienne, nommée « la tuerie de l’hôtel ivoire ».

 

 

 
Le Patriote : Depuis quelques jours, les téléspectateurs ivoiriens voient sur le petit écran un clip de votre chanson « armée française », sortie en 1998. Les images que ce clip véhicule, suscitent beaucoup de commentaires au sein de la population. Dans quelles conditions a-t-il été réalisé ? Est-ce un montage de la télévision ivoirienne ou un acte personnel de l’ambassadeur de la paix que vous êtes ?
Alpha Blondy : C’est un acte personnel d’Alpha Blondy. En 1998, quand le disque est sorti, vos journaux respectifs, toutes tendances confondues, m’ont traité de tous les noms. Sur cet album, il y avait "guerre civile", il y avait aussi "les imbéciles", ainsi que "armée française". Quelqu’un a même dit : « et si on brûlait Alpha Blondy ? » Et puis, voilà que, grâce à la miséricorde de Dieu, en 2004, il y a eu ce qui s’est passé devant l’hôtel Ivoire. Évidemment, j’ai trouvé cela inacceptable. J’ai alors récupéré les images et j’ai fait un montage propre. J’ai enlevé tout ce qui était insultes pour ne m’en tenir qu’aux faits. Cela ne paraissait pas humainement acceptable. Mais surtout en tant qu’Ivoirien, je ne pouvais pas supporter que de tels actes soient commis sur des Ivoiriens. Voilà pourquoi j’ai dit à mes frères et sœurs de Côte d’Ivoire : « notre division nous fragilise, faisons la paix ». C’est parce qu’il y a eu cette guerre que tout ceci est arrivé. L’objectif de ce clip était de choquer et, croyez-moi, je suis bien content que les gens aient été choqués. Mais je vais encore dire quelque chose : si ces images vous ont choqué, alors venez avec moi sur la route de la paix. Parce que, si jamais la guerre reprend, ces images qui vous ont choqué ne seront rien, comparées à ce qui arrivera.
 
LP : Ce clip sort au moment où l’actualité politique est au Dialogue direct. Est-ce que vous ne brisez pas un peu cette dynamique de dialogue direct ? Le moment était-il opportun pour sortir ces images ?
AB : Bien sûr que si ! Bien sûr que si ! Je l’ai dit et je le répète, il fallait justement montrer ce clip avec ce message qui est adressé à mes frères et sœurs de Côte d’Ivoire. « Notre division nous fragilise, faisons la paix », voilà ce que ce message véhicule.
 
LP : L’opportunité dont on parle ici est liée à la polémique qui a cours en ce moment sur la nécessité ou non de supprimer la zone de confiance. Et vous savez que Gbagbo mène en ce moment une campagne en faveur de cette suppression, qui elle-même, sous-tend une campagne anti-française ardue. Vous n’ignorez pas non plus que la télévision soit sous contrôle d’un seul camp en Côte d’Ivoire. Comment ne comprenez-vous pas que de telles images soient mal interprétées par l’opinion…
AB : D’accord. Je vais vous répondre franchement. Après ce qui s’est passé à l’Ivoire, pour moi, les forces Licornes sont disqualifiées pour faire partie de la zone de confiance. Parce que plus jamais il n’y aura de confiance entre elle et le pouvoir. Mais j’ai quand même une proposition à faire. Que la zone de confiance soit à partir de maintenant, gérée par les Forces Nouvelles, les Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire et l’ONU.
 
LP : Mais Gbagbo et son clan demandent aussi le départ des forces de l’ONU.
AB : Moi, je vous dit ce que pense. En tout cas, une chose est sûre, ce qui s’est passé à l’Ivoire a disqualifié la Licorne. C’est ma position à moi. C’est pour vous dire une fois de plus que le clip a été fait exprès. Personne ne m’a manipulé et personne ne peut me manipuler. Depuis le début de ma carrière jusqu’à ce jour. Maintenant, à nous de trouver une nouvelle formule pour la zone de confiance. C`est-à-dire, je le répète, avec les Forces nouvelles, les FDS et l’ONU. Parce que cet acte porte préjudice à la mission onusienne. Il ne faut pas que les gens confondent la Licorne et les forces onusiennes. Quand la Licorne avait fait, à l’époque, cesser la guerre, c’était bien. Mais après ce qui s’est passé à l’hôtel Ivoire, elle s’est disqualifiée.
 
LP : Le départ de la force Licorne de la Côte d’ivoire serait-elle une solution à la crise?
AB : Je ne sais pas si ça sera une solution. Mais je sais une chose : c’est que de par cet acte, ils se sont disqualifiés. Ça, je le sais.
 
LP : Ce clip parait donner une vérité partielle parce qu’il donne seulement la position militaire ivoirienne. Alors que les soldats français ont bel et bien été bombardés à Bouaké.
AB : Tiens ! Ça tombe bien ! Il y a eu trois catégories de morts ce jour-là.
 
LP : Il y a aussi des Ivoiriens qui ont été bombardés par l’armée nationale à Bouaké. Cette tragédie-là, votre clip n’en fait pas cas?
 
AB : Écoutez. Un clip n’est pas un documentaire ! Et je n’avais pas fait de chansons sur l’armée française avant tout ça. Mais, je vais vous dire une chose et Konaté Sidiki m’est témoin. Quand M. Gbagbo voulait aller bombarder Korhogo et Bouaké, quand il a acheté les Sukkoï et les Mi 24, c’était dans tous les tabloïds. Les français étaient au courant. Pourquoi ils n’ont rien fait pour l’en dissuader ? De deux, il est même prouvé qu’il y avait un certain accord entre les français et M. Gbagbo. C’est pour cela que quand les FANCI ont franchi cette fameuse zone de confiance, les Français ont regardé ailleurs. Et quand ils sont allés bombarder Korhogo et Bouaké, RFI s’est contenté de seulement « diffuser le match ». J’ai une amie qui travaillait aux Nations Unies, elle était avec Konaté Sidiki. Quand il a appelé l’État major français, ils lui ont répondu qu’ils n’avaient pas de mandat, mais ils ont ajouté qu’ils avaient demandé aux Forces nouvelles de désarmer, ils ne l’ont pas fait et qu’ils fallait qu’ils se démerdent. Mais comme Dieu ne dort pas, la bavure, entre guillemets, arriva et là ils se sont donné mandat. Je suis sensible à ce que vous me dites s’agissant du fait que le clip ne mentionne pas ce qui s’est passé derrière le rideau de fer. Mais il y a le fait que je n’ai pas eu d’images concernant cette partie du conflit. Si je les obtiens, je les mettrai dans le prochain clip "guerre civile".
La leçon que moi j’ai retenue et que j’ai transmise à mon frère Sidiki ainsi qu’a mon frère Blé Goudé, c’est celle-ci : quand les nègres s’entretuent ça va. Mais lorsque ces tueries touchent les Français, c’est autre chose. Voyez-vous lorsque M. Raffarin, l’ancien Premier français a dit qu’on ne tue pas impunément un soldat français, j’avais envie de lui dire : «on peut tuer impunément les nègres, ça n’émeut personne, puisqu’ ils se tuent entre eux. Là où je veux en venir, c’est attirer l’attention des Ivoiriens : «que ce soit Gbagbo qui vous tue ou que ça soit les autres, ils n’en n’ont rien à cirer. C’est pour ça que je me suis permis de vous choquer. Cet autre choc, c’est de vous dire : « les gars il faut qu’on arrête ». On peut corriger, entre nous, tout ce qui est à l’origine de cette merde. Ceux qui ont été tués à Bouaké est-ce que on les a mentionnés ? On a parlé seulement de 9 soldats français.
 
LP : C’est connu, ils sont au nombre de 85 morts.
AB : 85 morts ? Moi, je n’ai eu vent que des 9 morts français que, du reste, je déplore sincèrement. Mais c’est vous qui m’apprenez qu’il y a eu 85 morts. Je n’étais pas au courant.
 
LP : Vous ne saviez pas qu’il y a eu dans la zone Force Nouvelles des morts, des civils ?
AB : je n’en savais rien, je n’étais pas au courant des civils tués dans la zone Forces nouvelles. Mais pourquoi l’État français doit-il faire payer au peuple ivoirien les désaccords qu’il a avec le gouvernement ivoirien ?
 
LP : La question reste posée.
AB : Merci. C’est pour cela que je ne fais pas dans la dentelle. Je ne suis pas habileté. Je dis on a qu’à arrêter parce que notre division nous fragilise.
 
LP : Ne vous arrive-t-il pas de penser qu’ils abusent de vous. ?
AB : Qui ils ?
 
LP : Le régime Gbagbo …
AB : Non ! Non ! Non !
 
LP : Lorsque vous allez faire le prochain clip de "guerre civile", êtes-vous certain que la même télévision nationale va le diffuser en montrant les massacres de Bouaké et de mars 2004 ?
AB : Merci. J’ai demandé des images. Si vous en avez, vous pouvez me les apporter. Ils seront obligés de les montrer.
 
LP : La télévision nationale de Côte d’Ivoire ?
 
AB : Ils vont les montrer.
 
LP : Vous en êtes sûr ?
 
AB : Je mets ma main au feu ! Vous savez pourquoi ? Parce dans ma quête de paix, comme ce qui vous a choqué, c’est comme ça que je vais procéder. Je vais montrer la laideur de notre désaccord. J’ai fait une interview dans "Frat Mat" où j’ai parlé d’impunité. Est-ce que c’est maintenant que l’impunité a commencé. Est-ce que votre journal en a fait écho ? C’est "le Courrier" qui en a fait écho. Il y a eu un silence radar, parce que je veux amener les Ivoiriens à cela, à se dire que cette guerre-là a ouvert toutes les portes qui donnent sur toutes les fenêtres. Et tant qu’il y aura cette merde là, n’importe qui peut se permettre n’importe quoi. J’ai dénoncé la dérive qui s’est passé le 24, 25 mars on n’en n’a pas fait écho. Ni vous, ni personne. J’ai parlé de la mort de ‘’H’’, personne n’en a parlé. Maintenant les gens s’émeuvent, et on me tient un discours sur Gbagbo. Je ne suis pas dans vos histoires de régime. Je suis un Ivoirien qui a toujours défendu la Côte d’Ivoire. Ceux qui sont morts devant l’hôtel Ivoire ainsi que tous ceux qui sont morts ailleurs sont mes frères. Et ce que vous ne savez pas, c’est que l’armée française s’est battue avec les Forces nouvelles ? Ça, vous ne le saviez pas. C’est Soro qui nous l’a dit. Est-ce que ça c’est une affaire de régime Gbagbo ? Non je n’entrerai pas dans les affaires de régime. Je parle de ma Côte d’Ivoire et j’écoute les uns et les autres. Gbagbo est un ivoirien, Ouattara est un Ivoirien. Je défends ma Côte d’Ivoire et quand il y a des travers, j’essaie à mon modeste niveau, de dire ce que je peux dire.
 
LP : Vous dites : personne ne peut manipuler Alpha Blondy. Personne ne peut acheter Alpha Blondy. Personne ne peut abuser d’Alpha Blondy. Même si ceux qui sont morts à l’hôtel Ivoire sont des Ivoiriens, n’avez-vous pas le sentiment, à travers ce clip posé sur une chanson sortie en 98, d’être tombé dans le piège du discours patriotique?
AB : Arrêtez vos conneries ! Moi j’ai fait ma chanson en 98. Eux, ils sont venus poser l’acte en 2004, alors je prends l’acte je mets sur le clip sans calcul. Ce sont des faits. Et les mêmes journaux qui m’ont traité de n’importe quoi quand j’ai fait la chanson « armée française », ce sont les mêmes aujourd’hui qui me posent les questions idiotes. Moi je suis dans ma ligne droite, dans ma logique. Est-ce moi qui ai tué les gens ?
 
LP : Non.
 
AB : Alors pourquoi n’allez-vous leur demander à ceux qui ont tué ? Allez voir M. Lecerf, chef de Licorne, allez voir M. Janier. Ne me demandez pas pourquoi j’ai pris les images. Donnez-moi seulement les images de Bouaké et ses 85 morts et ceux de Man aussi, certainement. Pour Abidjan je les ai. J’attends les autres images pour faire le clip « guerre civile ». Apportez les moi. Mais de grâce ne me parlez pas de d’une histoire de régime.
 
LP : Alpha Blondy, Ambassadeur de la paix. On est tenté de savoir ce que vous faites réellement depuis que vous avez été nommé.
 
AB : J’ai rencontré M. Ouattara, et comme c’est vous le RDR, j’ai rencontré M. Hamed Bakayoko. J’ai aussi rencontré M. Gbagbo. A tous, j’ai fait des propositions. J’ai dit à M. Ouattara que je ne comprenais pas, et il y a beaucoup d’hommes qui ne le comprennent pas, pourquoi il s’est attaché un éléphant mort à la cheville, qui le tire vers le bas ? Je fais allusion à M. Bédié. Il n’a pas expliqué aux Ivoiriens comment s’est fait cette paix entre lui et M. Bédié. Puisque cette guerre, c’est la guerre de l’Ivoirité, donc c’est la guerre des palabres entre lui et M. Bédié. Alors comment se fait-il qu’il a fait la paix avec M. Bédié sans l’expliquer aux gens ? J’ai dit que cela lui porte préjudice. Il y avait ma grande sœur Henriette Diabaté qui était là, il y avait Hamed Bakayoko. Je lui ai dit que s’il a pu faire la paix avec M. Bédié qui est à l’origine de tous ses malheurs, c’est qu’il peut faire la paix avec M. Gbagbo. C’est ce que je lui ai dit. Et quand j’ai vu M. Gbagbo je lui ai aussi demandé de faire la paix avec M. Ouattara. Parce que pour moi, les deux grandes victimes de la politique ivoirienne sont M. Gbagbo et M. Ouattara.
 
L. P. : Quand vous avez rencontré votre jeune frère Guillaume Soro, de quoi avez-vous parlé ?
 
A. B. : Je lui ai proposé ma pyramide de sortie de crise. Il s’est intéressé au service, à l’état-major intégré et aussi au processus d’identification. J’en ai fait part à M. Schori et à M. Gbagbo. Ils m’ont tous écouté. La preuve, Gbagbo a pris le service civique. Soro dit qu’il a des combattants sous la main. Et où voulez-vous qu’il les mette ? Pour en revenir à Monsieur Ouattara et à Monsieur Bédié, je tiens vraiment à dire ceci : la paix entre M. Bédié et M. Ouattara ne sera totale que si les deux arrivent à faire la paix avec M. Gbagbo. Il faut appeler un chat un chat. Cette guerre que nous vivons, c’est la guerre de l’ivoirité et ce n’est pas Gbagbo qui a créé l’ivoirité. Gbagbo est arrivé au bon endroit au mauvais moment. Donc aujourd’hui, si on veut vraiment une paix véritable, il faut demander à M. Bédié et à M. Ouattara d’associer M. Gbagbo à leur paix. Alors du coup la paix véritable naîtra en Côte d’Ivoire. Mais quand les deux font la paix, ils la font contre qui ? Contre Gbagbo.
 
L.P. De façon pratique, comment cette paix Bédié-Ouattara- Gbagbo peut-elle se faire, selon vous ?
 
A.B. : De façon pratique, je voudrais organiser une rencontre entre M. Gbagbo et Ouattara à « deux clos ». Je vais encore essayer.
 
L.P. : Cela veut-il dire que vous ne croyez pas au dialogue direct?
 
A.B. : Non, ce n’est pas cela. N’interprétez pas ce que je n’ai pas dit. Je crois au dialogue direct, mais je crois aussi que pendant que les uns et les autres discutent, nous autres et particulièrement moi en tant que petit messager de la paix, si nous pouvons dire à M. Ouattara : «Grand frère pardon, rencontrez votre frère Gbagbo», ce serait bien. M. Ouattara m’a répondu quand je l’ai rencontré que lui et ses partisans étaient traqués par les frontistes, il me l’a dit. Mais j’ai répondu qu’il avait des zélés. Il y a toujours des gens qui font du zèle. Mais je lui ai dit d’appeler Gbagbo. J’ai dit également à Gbagbo d’appeler Ouattara.
 
L.P. : Concrètement, qu’est-ce qu’attendez-vous du dialogue direct ?
 
A.B. : Moi je suis optimiste, parce que j’ai parlé longuement à Soro. J’ai parlé longuement avec Gbagbo. Donc je sais qu’il y a entre eux un mur de méfiance. Il faut briser ce mur de méfiance. Et il faut surtout qu’on n’isole pas Gbagbo. Parce que quand on isole quelqu’un, on le rend indécis. Ce qui est légitime.
 
L.P. : Pourquoi dites-vous cela?
 
A.B. : Il y a eu le Front Républicain, on peut encore remettre ça. Et moi je suis confiant que le fait que M. Gbagbo parle à Soro, ça peut donner quelque chose si les autres s’y mettent. Si les autres continuent à vouloir tirer Soro vers la bas, comme ils l’ont fait avec Seydou Diarra, comme ils l’ont fait avec Banny, avec Schori et avec Tevoédjré alors là… ce que vous avez vu dans le clip « l’armée française » n’est rien à côté de ce qui va arriver.
 
L.P. : Un dialogue direct sous l’égide de M. Blaise Compaoré, le falicitateur, pensez-vous que ça peut marcher ?
 
A.B. : Mais bien sûr. Puisque durant le conflit, le tout monde a dit que c’est Blaise qui a armé les Forces Nouvelles et que c’est chez lui que les ex-rebelles se sont entraînés donc pour régler un tel conflit, c’est normal qu’on aille voir Blaise aussi. Parce que lui aussi en a gros sur le cœur. Puisqu’on nous a dit que les IB, Zaga-Zaga, Chérif Ousmane et tous les autres qui étaient au Burkina voulaient venir et qu’ils ont demandé à Blaise de voir avec Laurent. Et que Blaise aurait vu Laurent. Mais et que tous ceux qui étaient à côté de Laurent lui auraient conseillé de ne pas les laisser venir. Voilà pourquoi ils n’avaient d’autre choix que de prendre les armes. L’erreur est humaine, mais persévérer dans l’erreur serait diabolique. Maintenant, qu’ils veulent se parler sincèrement, il faudrait qu’on lui donne cette chance. On n’a pas le droit de leur faire des procès d’intention du genre : «il va les dribbler, il va les rouler dans la farine». Non il faut qu’on arrête ça.
 
L.P. : Une rencontre prochaine entre l’ambassadeur de la paix que vous êtes et le facilitateur Blaise Compaoré est-elle envisageable ?
 
A.B. : Bien sûr, nous en avons déjà parlé. Mais chaque chose en son temps. Aujourd’hui, ils sont en train de discuter, moi je les laisse discuter.
 
L.P. : Dans votre série de rencontres, vous avez été reçu par le Premier ministre Charles Konan Banny, de quoi avez-vous discuté?
 
A.B : Vous savez, les courtisans autour de M. Banny l’ont induit en erreur. Ce sont eux qui ont fait croire dans les journaux que M. Banny était le super chef. J’ai même lu dans Le Patriote : «le chef a parlé». Alors Gbagbo a dit donc ça tombe bien, on verra qui est le vrai chef. Il n’ y a pas deux capitaines dans un bateau. Mais moi, j’ai posé la question à M. Janier ambassadeur de France en Côte d’Ivoire quand il nous a fait l’honneur de nous inviter chez lui, est-ce que M. Banny a le droit dans le cadre de la 1721 de dire qu’il va enlever le chef d’État major pour mettre quelqu’un d’autre à sa place ? La réponse de l’Ambassadeur a été : « ce côté est flou». Donc rien n’est clair à ce niveau.
 
L.P. : Mais quelle est votre réponse à cette interrogation?
 
A.B. : Je pense qu’il aurait fallu que M. Banny et M. Gbagbo se concertent et qu’ils se demandent : « Bon ici, on fait comment ? » après concertation, ils décident par exemple : « Monsieur le Premier ministre allez annoncer la décision ». Ou, que le Premier ministre dise : « Non, monsieur le Président, je vous fais l’honneur d’aller l’annoncer vous-même». Cette façon concertée de procéder aurait été bien. Dès l’instant où ils ont créé entre eux cette adversité et les uns et les autres ont dit : «Ils ont déshabillé Gbagbo», «ils ont élargi les pouvoirs de Banny », ça ne pouvait plus marcher. Aujourd’hui on s’étonne que Gbagbo se soit braqué. A sa place, je me serais braqué pour dire : « mon frère, il n’y a qu’un seul capitaine dans le bateau et c’est moi». Je ne dis pas que ceux qui ont rédigé la 1721 avaient cette intention. Je ne dis pas aussi qu’ils ne l’avaient pas.
 
L.P. : Quel est le sort aujourd’hui de la pyramide de la paix d’Alpha Blondy ?
 
A.B. : Et bien, la pyramide est en marche. Le Président a pris là-dedans le service civique. Donc je suis bien content. Je supporte cette mesure, voilà pourquoi je supporte le dialogue parce que je sais que justement la pyramide est faite de telle sorte que si vous avez pris là-dedans une partie, vous serez obligé de prendre les autres parties.
 
L.P. : Vous n’avez pas tout à fait bien expliqué le sens cette pyramide-là aux Ivoiriens, de quoi s’agit-il au juste ?
 
A.B. : Vous m’excusez, j’en ai donné des copies à toute la presse. Donc ce n’est pas à moi de vous donner des leçons là-dessus. Ce n’est pas ma faute si vous avez pris ces copies pour en faire du papier hygiénique.
 
L.P. : Nous allons changer de registre. A quand la sortie du clip sur votre chanson « guerre civile».
A.B. : J’attends les images. Vous venez de m’apprendre maintenant que lors des événements de novembre 2004, les Sukhoï ont tué 85 personnes parmi les populations civiles dans les zones des Forces Nouvelles. J’ai parlé des morts causés par l’armée française sans savoir qu’il y a eu des morts de l’autre côté. Mais je sais que Konaté Sidiki a appelé l’État major français pour leur donner l’information qu’ils sont en train de tuer les civils dans leurs zones. Savez-vous ce que l’État major français lui a répondu : «on n’a pas mandat et puis on vous a dit de désarmer, vous avez refusé, alors vous vous débrouillez ». Je suis sérieux. Moi-même je ne savais pas qu’il y a eu autant de morts à Bouaké, Korhogo, Vavoua et Man. 85 morts de l’autre côté, 65 morts ici qu’est-ce que cela veut dire ? Je veux faire prendre conscience à mes frères ivoiriens. Bien sûr, je veux que le débat politique ait lieu, mais je le veux sain comme à l’Occident. Je le veux sain, objectif mais pas aveugle. C’est pourquoi quand vous m’avez parlé de régime Gbagbo, cela m’a fâché, parce qu’en Côte d’Ivoire maintenant dès qu’on commence à parler de régime de tant, de régime de ceci, de régime celui-là, on taxe de tous les noms. Et le régime de banane alors (rire) ? Il faut qu’on sorte de ce schéma. Je vous demande qu’on arrête ça. Je veux que ce que je suis en train de dire soit clair dans les esprits. Parce que les questions que vous m’avez posées étaient très RDR.
 
L.P. : Ce n’est pas une affaire du RDR. Nous vous posons des questions claires qui concernent la société ivoirienne pour que vous clarifiiez votre position
 
A.B. : De quelle société ivoirienne me parlez-vous ? Vous n’avez pas vu le soleil avant moi. Les Ivoiriens, je les connais mieux que vous. Je les connais tellement que si vous écrivez textuellement ce que je vous dis, ils comprendront.
 
L.P. : Comment l’humaniste que vous êtes, l’ambassadeur de la paix a-t-il perçu le fait qu’un chef d’État fasse décoller des avions de guerre pour aller bombarder une partie de son territoire tuant de nombreux civils parmi son peuple, même si le pays est en guerre ?
 
A.B. : Là, je vais vous chatouiller un peu. Et je lui répondrais à la guerre comme à la guerre. Mais, je vais vous remettre une vidéo intitulée "Lord of war" (ndlr : le seigneur de la guerre, de Andrew Niccol, avec Nicolas Cage). On parle de la Côte d’Ivoire dedans. C’est un film qui met en exergue les marchands d’armes. Ils n’ont rien à foutre de la situation que nous vivons. Ils ont droit de cité partout dans le monde, même à l’ONU. Dès qu’ils voient qu’un chef d’État et son opposition sont fâchés l’un contre l’autre, ils se précipitent pour venir leur proposer leurs engins de la mort. Et ils ont tous les médias les plus puissants avec eux. Du "Time" à TFI, de CNN à toutes les agences de presse internationale. Ils ont tout l’arsenal médiatique à leur pied. C’est ce que j’ai chanté dans une de mes chansons : évitez dans le piège des marchands d’armes. Laurent Gbagbo a compris. Les Ivoiriens eux-mêmes oublient aujourd’hui que leur pays est l’un des plus riches d’Afrique avec des réserves de pétroles exploitables sur 400 ans. Même en raison de 1 million de barils par jour, il y en a pour 400 ans. Il y a d’autres pays qui ont moins que ça mais les marchands d’armes ont cassé ces pays là. Tout le monde est sorti zéro. C’est vrai Laurent est attaqué, les français sont derrière ce bombardement des positions des Forces nouvelles. Ils ont donné le feu vert, mais ont recommandé qu’il n’y ait pas de dégâts.
 
L.P. : Que voulez-vous dire par là ?
 
A.B. : Les français ont donné leur OK. Ça veut dire que vous pouvez tuer les gens de l’autre côté, mais ne touchez pas aux soldats français. C’est pour cela que je vous demande qu’on élève le niveau du débat. Sur ce point précis je vous en supplie, traduisez fidèlement mes propos. 85 morts au Nord, ne constituent pas des dégâts aux yeux des soldats français. On est d’accord. Mais 9 morts parmi les soldats français alors là, c’est la catastrophe. Parce que quelqu’un l’a dit : « on ne tue pas impunément un soldat français ». Voici le fond de ma pensée. Quand ils sont arrivés chez nous, ils ont fait la différence entre les morts. Je veux vous amener à faire comprendre à mes frères ivoiriens qu’il est vrai que nous avons des points de divergences. Mais pour qu’on n’en arrive au pire,… il est temps qu’on frêne. La honte du caïman est la honte du crocodile. Si nous ne prenons pas conscience de notre propre situation, les autres ne viendront pas nous faire prendre conscience. Entre l’Afrique et l’Occident qui est le fond de commerce de qui ? Les Occidentaux ont-ils le pétrole ? Non. Ont-ils du diamant ? Non. Ont-ils de l’or ? Non. Du bois ? Non. J’espère qu’on s’est compris. Je vous en prie, il faut que ce que je vous ai dit soit clair comme de l’eau de roche. Et je tiens à vous dire que je ne suis pas en train d’accabler la France, je suis en train de réveiller la conscience de mes frères de Côte d’Ivoire. C’est un détail très important à souligner. Je ne suis pas en train de faire réveiller des sentiments antifrançais. Non.
 
L.P. : C’est justement là que se situe le problème. Il y a un discours politique en Côte d’Ivoire qui accable la France. Et quand Alpha Blondy fait un clip avec des images qui accablent la France, ça crée le trouble dans les esprits et on se dit qu’Alpha Blondy accompagne le pouvoir FPI dans sa logique. Qu’en dites-vous ?
 
A.B. : Là je vous arrête et vous allez m’en excuser. Dans ce pays, il y a longtemps que les gens me subissent. Et il y a longtemps que moi aussi je les subis. Je les subis et ils me subissent. En 1998, quand j’ai fait l’album, que n’ont-ils pas dit sur moi ? N’y avait-il pas de sentiments antifrançais à l’époque ? Voyez-vous, je ne veux pas entrer dans cette logique. Le texte de la chanson "Armée française" je l’ai écrit en 1992, mais j’ai enregistré l’album en 1998. Je n’ai pas de sentiment antifrançais. Mais je n’aime pas les agissements de l’État français. Évitons l’amalgame à ce niveau. Mes enfants sont tous français. Ma femme est coréenne mais française. Donc, je n’ai pas de sentiment antifrançais. Mais je n’accepte pas le comportement de l’État français. C’est pour cela que je vous ai dit par rapport à ce qui s’est passé à l’hôtel Ivoire en novembre 2004, la Force Licorne est disqualifiée. On accuse le pouvoir d’avoir tué de l’autre côté, mais la Licorne a tué aussi de ce côté et on dit que cette force Licorne est disqualifiée mais il s’en trouve des gens qui demandent pourquoi. Ils sont les premiers à dire que nos gars ont fait ceci, ont fait cela et ils oublient ce que eux-mêmes ont fait. Ils ne peuvent pas être juges et partis. Ils ne peuvent pas dire qu’ils aiment Alassane Ouattara plus que nous. Et puis, Alassane n’a pas envie d’être une marionnette de la France. Quand je le rencontre je le lui dis. Et ce n’est pas Soro qui va encore être une marionnette de la France. Dons nous voulons aller sur cette voie démocratique, avoir des élections démocratiques, avoir un Président qui sera le Président de tous les Ivoiriens. Pour cela, on a tout le temps. Et la pépinière ? Je fais un clin d’œil à mes jeunes frères KKB, Karamoko Yayoro, Blé Goudé et Blé Guirao. Je vais vous dire ce que je leur ai dit. Qu’ils sachent que eux aussi ne s’appartiennent pas. Ils appartiennent à la pépinière des futurs politiciens ivoiriens. Et je ne suis pas prêt à faire d’eux des futurs marionnettes aux mains d’un État quelconque. On ne va pas les sacrifier sur l’autel des querelles politiciennes. Je veux cette équipe là intacte, cette équipe de demain, cette équipe qui gagne.
 
Réalisée par Kigbafory Inza et Khristian Kara
 

Cette interview est l’œuvre d’un journal proche du RDR de Ouattara participant à cet acharnement médiatique.

 

 

Paroles du clip en question "Armée Française "

 

datant de 1998
 
 
 
Armée Française allez-vous en !
Allez-vous en de chez nous
Nous ne voulons plus d’indépendance
Sous haute surveillance
Armée Française allez-vous en !
Allez-vous en de chez nous
Nous ne voulons plus d’indépendance
Sous haute surveillance...
Nous sommes des Etats indépendants et souverains
Votre présence militaire entame notre souveraineté
Confisque notre intégrité
Bafoue notre dignité
Et ça, ça ne peux plus durer
Alors allez-vous en !
En Côte d’Ivoire, nous ne voulons plus de vous
Au Sénégal, nous ne voulons plus de vous
Au Gabon, nous ne voulons plus de vous
En Centrafique, nous ne voulons plus de vous
A Djibouti, nous ne voulons plus de vous
A Djamena, nous ne voulons plus de vous