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Gbagbo exaspéré

par l'attitude de l'ONU et la GTI dans son pays.

Monsieur le chef d'état-major des Armées, M. le commandant supérieur de la gendarmerie, M. le Directeur général de la police nationale, M. l'Inspecteur général des armées, M. l'Inspecteur général de la Police, M. le Directeur général des services de Santé des armées, MM. les Officiers généraux, M. le Directeur général de la Douane, M. le Directeur général des Eaux et Forêts, Mmes et MM. les Officiers supérieurs, Mmes et MM. les Officiers subalternes, Mmes et MM. les sous-officiers, Mmes et MM. les soldats du rang, chers amis des FANCI, de la Gendarmerie, de la Police, des Douanes, des Eaux et Forêts . Ce pays tient debout. Il tiendra debout tant qu'il y aura une unité entre un Chef d'Etat, son armée et son peuple. Le chef, l'armée, le peuple. Telle est la solidité de tous les Etats qui ont connu la démocratie depuis l'antiquité. Et telle est la solidité de tous les Etats aujourd'hui encore. Vous avez demandé de venir me voir pour qu'on échange. Vous voulez me parler. Je vous écoutés, je vous ai écoutés, je vous ai compris. A mon tour, je vais vous livrer quelques réflexions que m'inspirent les événements actuels.
 
Le scandale des déchets toxiques est arrivé et a aggravé une situation déjà difficile pour les Ivoiriens. Mais pour les croyants, vous savez que Dieu n'envoie pas à quelqu'un des épreuves qui sont au-dessus de ses forces. Je peux tenir et je tiendrai (Ndlr : applaudissements). Les procès sont en cours, les arrestations sont en cours, donc je ne commenterai pas les actions de justice qui sont en train de se dérouler. Je peux vous dire seulement que concernant les déchets toxiques, j'ai déjà reçu deux fois le Procureur de la République, hier et aujourd'hui (Ndlr : mercredi et jeudi). Il travaille d'ailleurs en harmonie avec le commissaire du gouvernement qui est le procureur près les armées. Nous avons juste dans la situation des responsabilités. Les services et les hommes responsables sont aujourd'hui quasiment tous connus, à l'intérieur ou à l'extérieur de la Côte d'Ivoire. La justice est en train de travailler d'arrache-pied sur les culpabilités maintenant pour désigner ceux qui sont coupables pour qu'on les défère, qu'on les juge et qu'ils payent pour leurs crimes. Ne vous laissez pas distraire. Car vous savez que dans cette affaire comme dans toutes les autres que je viens d'évoquer, on veut vous distraire. Mais voulant vous distraire, c'est moi qu'on veut distraire. Je tiens. Je tiens bon.
 
Nous avons aussi connu la descente des élèves policiers et des policiers sur les campus universitaires. Je ne peux pas accepter cela. J'ai dit seulement qu'en 1992, j'ai été emprisonné par ceux qui nous gouvernaient à l'époque (et qui semblent avoir la mémoire un peu courte), parce que j'ai défendu le point de vue selon lequel notre armée n'avait pas le droit, avec nos uniformes et nos armes, de descendre sur le campus et de s'attaquer à des citoyens paisibles. Je le disais hier, je le dis encore aujourd'hui. Hier, j'ai fait la prison pour défendre la liberté des gens, aujourd'hui, le temps est venu pour que je punisse ceux qui se sont livrés à de tels actes de barbarie. Là aussi, je suis à la barre. Hier, le rapport administratif m'a été déposé. J'attends que le gouvernement soit formé pour que les sanctions soient prises, et elles le seront.
 
Aujourd'hui même, il y a quelques heures, le Premier ministre m'a appelé pour me dire que nous aurons bientôt un gouvernement et qu'il travaille d'arrache-pied, et que ce week-end, nous aurons un gouvernement. Je lui ai souhaité bon vent. Et je le dit sincèrement parce que je pense qu'il n'est pas bon qu'un pays reste longtemps sans gouvernement actif. Je suis prêt à le recevoir, à examiner la liste de ceux qu'il me propose et à signer un décret pour éloigner le fait du vide. Là aussi, nous travaillons.
 
Chers amis, voici les événements qui sont venus s'ajouter à ce que nous connaissons depuis le 19 septembre 2002. S'agissant de cela, vous m'offrez l'occasion de faire quelques commentaires. Le processus dans lequel on nous a engagés depuis Marcoussis et Kléber a échoué. Ce processus, s'il n'avait pas échoué, on l'aurait su. Cela fait quatre ans que nous sommes dans ce processus et nous n'arrivons pas à la paix. Cela veut dire que ce processus a échoué. Pourquoi a-t-il échoué ? Il a échoué parce que ceux qui l'ont initié ont commis un certain nombre d'erreurs, de fautes, qu'il nous faut indiquer clairement.
 
Premièrement, ce processus a consisté à légitimer la rébellion contre l'avis des textes de l'Union africaine et de l'ONU. Une rébellion, on ne la légitime pas. Et ceux qui l'ont légitimée portent une responsabilité dans le fait que nous ne sommes pas encore sortis de la crise. Mais nous sortirons de la crise. D'un donc, ils ont légitimé les rebelles. De deux, ils ont suspendu la venue de la paix au bon vouloir des rebelles : il faut que le désarmement se fasse de façon volontaire. Il faut donc faire tous les caprices des rebelles. Et depuis 2002, nous ne faisons que les caprices des rebelles. Pourquoi voulez-vous qu'un enfant capricieux arrête de faire ses caprices s'il a la promesse qu'on continuera de faire ses caprices ? Je n'ai jamais vu ça dans l'éducation, en tant que père et en tant qu'enseignant, en tant que sous-officier jadis. Je n'ai jamais vu ça (Ndlr : applaudissements). Si les officiers et les sous-officiers veulent laisser la force de l'armée aux caprices des soldats, il n'y aura pas d'armée.
 
Il y a des règles. Et les règles sont ici la Constitution et les lois. Mais on nous a engagés dans les caprices. Premier groupe de caprices, l'accord même de Marcoussis. Cet accord n'aurait jamais été signé dans aucune capitale africaine. Mais pour le signer, on a délocalisé les négociations et on a invité le Chef de l'Etat. J'ai voulu montrer ma bonne foi à la communauté internationale, c'est là mon erreur. J'ai donc accepté cet accord, c'est là mon erreur. Et j'ai commencé à l'appliquer et je l'ai appliqué intégralement, c'est là mon erreur. Pour vous montrer comment nous l'avons appliqué, la rébellion a demandé des modifications de lois. Nous avons demandé, par la suite, à Accra, puis à Pretoria, une seule chose : le désarmement. L'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire a fait douze réformes, c'est-à-dire a modifié douze lois, sur demande de la rébellion.
 
Ensuite, on m'a dit qu'il y a des lois modifiées qui n'étaient pas conformes, dans l'esprit et dans la lettre, aux souhaits de l'accord de Marcoussis, c'est-à-dire aux souhaits de la rébellion. Et on m'a demandé de rectifier. J'ai pris sept décisions de rectification des lois déjà votées par l'Assemblée nationale. Ensuite, on m'a dit qu'il y a encore, dans les lois rectifiées, trois qui ne sont pas bien rectifiées. J'ai pris décisions de rectification des lois rectifiées.
 
En outre, on m'a dit encore comme les rebelles ne sont pas sur le point de désarmer, et qu'on ne pourra faire le référendum pour modifier l'article 35, il fallait que je prenne une décision avec l'article 48 pour modifier les conditions d'éligibilité pour que certaines personnes soient éligibles. J'ai pris cette décision. En tout donc, nous avons opéré douze plus sept, plus trois, plus un, cela fait 23 changements dans notre corpus législatif. Nous avons opéré 23 changements, c'est-à-dire 23 arrangements. Mais nous n'avons pas vu venir le désarmement qui était notre seule revendication à vous et à moi. C'est pourquoi je dis que ce processus a échoué. Alors aujourd'hui, au lieu d'avouer qu'ils ont échoué, les initiateurs de ce processus veulent faire porter le chapeau à d'autres. Non, cela ne se passera pas ainsi ! Cela ne se passera pas et cela n'arrivera pas. La Côte d'Ivoire est notre pays. Nous, nous sommes ici parce que c'est chez nous (Ndlr : applaudissements) ! Nous ne sommes pas ici parce que nous y sommes affectés en tant que fonctionnaires (Ndlr : applaudissements). Nous ne sommes pas ici pour un jour ou deux pour une réunion ! Nous sommes ici parce que nous sommes nés ici et nous allons être enterrés ici. Voilà la différence entre nous et certaines personnes. Les changements qui interviennent dans la législation en Côte d'Ivoire touchent notre vie. Il y a quelques personnes qui disent : "Gbagbo est têtu". Je ne suis pas têtu. Mais je suis Président de la République de mon pays. Et je sais que tout dérapage de ma part entraînera des dangers pour des millions de personnes.
 
Donc tant qu'il faut faire des transgressions pour que la paix advienne, je l'ai fait. Mais je vous l'ai dit, j'ai déjà fait 23 arrangements. Qui dit mieux en Côte d'Ivoire ? J'ai déjà accepté 23 arrangements. J'ai même pris le contre-pied de ce que l'Assemblée nationale a fait. Je le faisais parce que je sais que ceux qui étaient en face ne cherchaient pas des modifications de lois. Aujourd'hui, le jeu est clair. Le GTI vient, il fait des communiqués que personne ne lui demande, et puis il s'en va. Mais lui, il s'en va, nous, on est ici (Ndlr : applaudissements). Et quand je ne réponds pas, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas matière à répondre ! Mais c'est parce que dans la fonction que j'occupe, je suis obligé d'épargner des vies en gardant le silence quelquefois. Les processus engagé depuis Marcoussis a échoué. C'est parce qu'il a échoué que j'ai engagé l'opération César (qu'on a appelée l'opération Dignité). Dès novembre 2004, je me suis rendu compte que si on ne sortait pas de ce processus-là pour aller dans un autre, on aurait jamais les élections en octobre 2005.
 
Cette opération n'est pas allée jusqu'à son terme, mais je ne veux pas entrer dans des problèmes de droit. Mais nous sommes là et vous voyez bien que nous sommes en 2006, en septembre, et ils n'ont toujours pas désarmé. Or il faut qu'ils désarment parce qu'il faut qu'on aille aux élections. Comme ce processus a échoué, j'ai écrit au président de l'Union africaine et au médiateur de l'Union africaine pour leur demander de convoquer d'urgence une réunion du Conseil de sécurité et de paix de l'Union africaine. Je suis en train d'écrire des propositions pour un nouveau processus que je vais leur faire. Il nous faut sortir du processus qui a échoué pour entrer dans un processus porteur d'espoir. J'ai donc demandé à l'Union africaine de réunir le Conseil de sécurité et de paix de l'Union africaine et là, je ferai des propositions pour un autre processus. Chaque fois que nous avons avancé, c'est parce que les Africains eux-mêmes se sont occupés de l'Afrique.
 
Tous les progrès que nous avons réalisés en 2005, c'est à Pretoria que nous les avons réalisés, c'est à Abidjan, c'est à Yamoussoukro. Il faut que l'Afrique s'approprie la paix en Afrique. Il faut que l'Afrique s'approprie la paix en Côte d'Ivoire. Le GTI est venu et a parlé. Je ne vais pas lui répondre sur tous les points, mais je n'irai pas à New York (Ndlr. Applaudissements). Je n'irai pas à New York et, contrairement à ce que j'avais pensé il y a quelques temps, je n'y enverrai aucune délégation (Ndlr. Applaudissements). Je n'irai pas à New-York, pour protester contre la manière cavalière, impolie, dont le GTI traite les affaires en Côte d'Ivoire, mon pays. Je n'irai pas à New-York, pour montrer aux gens que la Côte d'Ivoire est une terre des hommes.
 
Nous allons tout faire pour maintenir notre pays debout. Les Institutions de cette République sont debout. Mais je constate que eux, ils s'attaquent aux Institutions démocratiques. Après s'être attaqués à l'Assemblée nationale, ils veulent s'en prendre maintenant au Président de la République, puis à la Constitution ; c'est-à-dire que tout ce qui est élu les énerve. Et moi, eux, ils m'énervent (Ndlr. Applaudissements). C'est pourquoi je n'ai pas parlé vite, parce que quand on veut parler clair, il faut prendre le temps de penser clair. C'est pour quoi je n'irai pas à New-York, parce que je ne veux pas, par ma présence, ou par la présence d'une délégation présidentielle de Côte d'Ivoire, cautionner la mascarade que le GTI est en train de faite ici. Il s'avère maintenant que ce GTI-là est incapable de nous aider à désarmer les rebelles et à aller aux élections. C'est ça qui est évident aujourd'hui. Il s'avère maintenant que le GTI est incapable de s'aligner sur l'acte constitutif de l'Union africaine qui condamne et rejette les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Mais si ces gens se trompent, c'est parce que leurs analyses de base sont fausses. Je l'ai toujours dit, ils se trompent d'analyse quand ils croient que la crise que nous vivons est une crise identitaire. Cela fait longtemps, quatre ans, que je leur dit que c'est faux. Mais il y a des médecins ici.
 
Quand tu poses un mauvais diagnostic, tu ne peux pas guérir le malade. Le malade a un appendicite et toi, tu diagnostiques un paludisme. Mais pendant que tu soignes son paludisme, tu peux le faire pendant cinq ans, dix ans, mais lui, il va mourir. Parce que l'appendicite va finir par être aigu et lui il va mourir. Ils diagnostiquent un problème identitaire alors que c'est un coup d'Etat, pour des gens qui voulaient s'emparer du pouvoir, un point, un trait. Ce coup d'Etat n'a pas commencé en 2002. Vous qui n'êtes pas nés avec l'arrivée de Gbagbo au pouvoir, et dont certains sont peut-être plus âgés que moi, vous vous souvenez, mais en tout cas l'armée est votre instrument de travail, donc vous connaissez son histoire. Déjà en 1990, l'armée s'était belliquée. Elle était dans la rue, elle avait pris la télévision, la radio, la tour de contrôle de l'aéroport. Il lui a manqué une tête qui voulait le pouvoir. Il lui a manqué une tête pour prendre le pouvoir. Elle n'a donc pas pu prendre le pouvoir. Ses chefs sont restés (et c'est tout à leur honneur), fidèles et loyaux au Président Félix Houphouet-Boigny : les généraux Ori Félix, Houphouet Kouassi, qui étaient les chefs de l'armée, sont restés fidèles au Président Houphouet. Ils n'ont pas suivi les jeunes soldats qui avaient pris les rues. C'était la première alerte.
 
En 1999, il faudra aux historiens du temps pour démêler les chevaux. On ne sait plus qui a commencé, qui a fait quoi. Mais la même situation s'est présentée où les soldats étaient partout. Mais là, il s'est trouvé quelqu'un pour dire : "Je prends le pouvoir". Il s'est trouvé quelqu'un ou un groupe de gens pour dire : "Nous prenons le pouvoir". Les loyalistes ont été arrêtés, emprisonnés, bastonnés. Et je les connais, et je connais ceux qui les ont frappés. Mais un chef doit avoir un ventre profond pour que son pays progresse.
 
C'est pourquoi on est toujours assis côte à côte. Mais ceux qui ont revendiqué la tutelle du coup d'Etat se sont fait connaître aussitôt par des écrits et des propos. Le Chef d'Etat est parti. Moi, je ne partirai pas. Je suis ici avec vous. Je suis ici avec mes soldats, je suis ici avec mon peuple. Dans l'histoire de Rome, le Chef d'Etat était effectivement non pas seulement le chef des armées, mais le chef de guerre. Il dormait au milieu de sa troupe. Quelque fois, en discutant avec des amis, je dis qu'il faudrait mettre comme condition, pour être Président de la République, d'avoir fait l'armée (Ndlr. Applaudis-sements). Je crois que si tous les dirigeants politiques qui parlent aujourd'hui avaient fait l'armée et connaissaient l'armée, ils parleraient différemment (Ndlr. Applau-dissements). Ils parleraient différemment, ils seraient un peu plus sages. Mais ils n'ont pas crapaüté (Ndlr. Applaudis-sements).
 
Certains parmi vous me reconnaissent non pas parce que je suis Chef d'Etat, mais parce que nous avons crapaüté ensemble. Nous avons foulé le sol de nos forêts la nuit, le jour. Nous avons porté des A 52, nous nous sommes fait brûler par des balles à blanc qu'on tirait trop près de nous. Nous nous sommes battus. J'ai enseigné moi-même la discipline et le combat dans notre armée à l'Ecoles des Forces armées. Après avoir été soldat, j'ai été instructeur. Beaucoup parlent parce qu'ils ne savent pas ce que c'est que la vie. Des gens dont la vie est en permanence donnée pour que la République vive. Ils ne savent pas. Il y en a à qui je dis quelquefois qu'un grade n'est pas un bonbon qu'on donne (Ndlr. Applaudissements). Un grade, ce n'est pas un bonbon qu'on donne. Un grade est la conséquence de la sueur, du sang, de la vie dure. C'est ça un grade. Si j'écoutais certains, on aurait maintenant peut-être 250 généraux. Mais je ne ferai pas ça. Je sais trop la valeur de votre vie.
Je dis donc que le GTI s'attaque à tout ce qui est démocratique, s'attaque à tout ce qui est élu démocratiquement. La Constitution a été votée à plus de 86%, l'Assemblée nationale élue avec des débats contradictoires, le Président de la République élu, voilà les œuvres du GTI. Eh bien, je ne me laisserai pas faire. Je ne me laisserai pas faire. Le premier rôle du Président de la République, c'est de défendre sa Constitution, parce qu'il prête serment sur la Constitution.
 
Je défendrai la Constitution sur laquelle j'ai prêté serment. Je ne me laisserai pas faire. Je ferai des propositions aux Africains pour qu'on emprunte une autre voie. Je dis : "J'ai fait 23 changements, 23 arrangements ; qu'ont fait les autres ?" Ah si, ils ont accepté d'être ministres (Ndlr. Applaudissements). Ils ont accepté d'avoir des véhicules de service ; qu'ont-ils fait ? Rien. Et on ne leur dit rien. Je ne peux plus accepter ça. Aujourd'hui, je vous le dis, certains parlent. Ils disent : "L'armée de Gbagbo". Mais moi, puis-je vous mettre au monde ? D'abord, le nombre que vous êtes, dix-huit mille. Je ne peux pas mettre dix mille enfants au monde, même si on dit…(rires). Non, cessons de plaisanter. Cette armée-là, je l'ai trouvée là. Cette armée-là a vu les errements de 1990. Elle a vu les errements de 1999, elle a décidé de rester loyale, derrière la loi. Comment se fait-il que les hommes politiques ivoiriens ne peuvent pas suivre la loi ? Comment ? C'est eux qui demandent toujours des arrangements. Mais j'ai déjà fait 23 arrangements, je n'ai vu aucun résultat. Ils ont demandé les audiences foraines (ce n'est pas moi qui ai demandé les audiences foraines). Je leur rappelle les règles pour faire les audiences foraines. Ils disent : "Ah non, il faut qu'on fasse des arrangements". Je ne ferai plus aucun arrangement. Les arrangements sont terminés. Les négociations sont terminées.
 
D'ailleurs, quand Kofi Annan est venu à Yamoussoukro, je lui ai dit que les négociations étaient terminées. Il m'a donné raison, nous avons écrit et consigné. Cela est écrit et consigné. Maintenant, allons aux audiences foraines. "Non Président, quand vous faites ça…" Mais moi, je ne fais rien. "Quand vous dites ça…" Mais moi, je ne dis rien. C'est la loi qui dit. Il y a une loi sur les audiences foraines. Ce n'est pas moi qui ai été l'auteur de cette loi. Je l'ai trouvée là, je l'applique. Il y a une loi sur les certificats de nationalité. Ce n'est pas moi qui l'ai écrite. Je l'ai trouvée là, je l'applique. Un homme politique qui est incapable de suivre une loi, ce n'est pas un homme politique. C'est un marchand de gombo au marché. Quand il voit que tu es bien habillé, il dit : "C'est cent francs". Quand il voit que tu n'es pas bien habillé, il dit : "C'est dix francs". Les prix sont variables selon la tenue du client qui arrive. Je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas comme ça, la loi est la loi. Les Latins disent : "Dura lés ced lés".
 
Des gens sont venus le 19 septembre 2002, faire un coup d'Etat, pour s'emparer du pouvoir. Ils ont tué. Guéi est mort. Boga est mort. Dagou Loula est mort. On n'a même pas fini de faire les enquêtes, ils disent : "Non non non. Faites une amnistie pour qu'on ne cherche pas". On veut chercher, ils disent : "Non, c'est une amnistie". J'ai fait l'amnistie parce que naïvement, je croyais que, bon… en faisant l'amnistie, c'était fini. Mais on a fait l'amnistie, ils sont devenus encore plus arrogants parce qu'ils étaient amnistiés. Ceux-là, ils sont venus faire un coup d'Etat, ils ont échoué. Ils ont transformé ce coup d'Etat en guerre civile, ils ont échoué. Devant cet échec, le GTI vient maintenant pour dire : "Comme vous avez échoué, écartez-vous. Nous on va gagner pour vous. On va dissoudre la Constitution, on va dissoudre les lois". Eh bien, cela ne se passera pas. J'ai résisté à un coup d'Etat avec des fusils, je résisterai à un coup d'Etat avec des suppressions de la Constitution. Je n'accepterai pas ; parce que ça c'est le coup d'Etat qu'ils veulent continuer. Mais je ne l'accepterai pas.
 
Maintenant il est évident, Mesdames et Messieurs, que le GTI est manipulé par des gens pour lesquels ce n'est pas la paix pour la Côte d'Ivoire qui est importante. Ce n'est pas leur problème. Ce qui est important pour eux, c'est de faire en sorte que Gbagbo ne soit plus Président. Dites leur que Gbagbo est encore là.
 
Dites-leur que Gbagbo est arrivé au pouvoir par le vote des Ivoiriens, il n'en partira que par le vote des Ivoiriens. Gbagbo n'est pas venu au pouvoir avec des oucarts d'étrangers venant faire un jour ou deux, un week-end. Il est venu avec le vote de ses compatriotes, il quittera le pouvoir, comme c'est écrit dans la Constitution, avec le vote de ses compatriotes. C'est tout. Celui qui ne peut pas comprendre ça, eh bien qu'il nous laisse tranquilles. Celui qui ne peut le comprendre, qui ne peut pas l'accepter, qu'il nous laisse tranquilles. Mais les temps arrivent et les temps sont proches où il nous faudra prendre des décisions. Mais pour le moment, je demande à l'Union africaine de réunir son Conseil de sécurité et de paix pour que j'y vienne faire des propositions précises de sortie de crise.
 
Chers amis, voilà ce que j'avais à vous dire et je voudrais vous remercier de votre loyauté pas vis-à-vis de moi, mais vis-à-vis de la République. Je l'incarne pour le moment, demain, d'autres personnes l'incarneront. Vous-mêmes, demain d'autres personnes seront à votre place. Je demande que cette crise soit une grande leçon pour nous tous. Je demande que cette crise soit une grande leçon pour la Côte d'Ivoire. C'est vrai qu'on ne devient pas une grande nation sans passer par les crises. Mais les crises ont leurs bons côtés. Elles nous instruisent, et ici, celui qui n'a pas encore été instruit, c'est que lui ne sera jamais instruit. Nous avons vu tellement de choses, nous avons vu des gens prendre des positions tellement contradictoires, que celui qui n'a pas été instruit ne le sera plus jamais. Vous savez, notre pays est grand. Notre pays peut donner un morceau de pain à chacun de ses fils chaque jour. C'est ça que nous voulons organiser. C'est pourquoi nous faisons la politique. C'est pourquoi aussi d'autres ne veulent pas que nous fassions la politique. Regardez-moi bien. Je suis le seul chef d'Etat africain certainement à n'avoir aucune maison à l'étranger. Je n'ai aucun compte à l'étranger. Et je ne cherche aucun compte à l'étranger, ni aucune maison à l'étranger. Je ne cherche pas la bénédiction des pays étrangers. Je cherche la bénédiction des Ivoiriens. Je cherche la paix des Ivoiriens. Le temps des négociations est fini. Aujourd'hui, c'est le temps du désarmement et des élections. Ceux qui sont en face de nous nous ont démontré qu'ils ne veulent pas désarmer. Il faut que j'en appelle à l'Afrique pour lui dire : "Ceux qui ne veulent pas désarmer sont là, je fais quoi ?"
 
Chers amis, la paix est à portée de main. La paix est à portée de main mais les gens ne veulent pas d'elle parce que beaucoup de ceux qui sont aujourd'hui des vedettes tomberaient dans l'anonymat s'il y avait la paix. Ils tomberaient dans l'anonymat, ils ne seraient plus connus, ils n'auraient plus rien. Mais ça, ce n'est pas ma faute. Il y a beaucoup à qui on dit à l'étranger : "Oui, tenons bon, nous allons faire ça, faire ça, faire ça et puis on va avoir Gbagbo". Mais ils ne m'auront pas, parce que quand ils parlent pour dire : "On va faire ça, on va faire ça", j'entends. C'est le message que je veux vous faire passer. Mais c'est le message que je veux faire passer au monde entier. Volontairement, je n'irai pas à New York. Pour leur montrer qu'ils ont tellement agi mal que je n'attends plus d'eux la paix. Ce n'est plus d'eux que j'attends la paix. Je leur ai laissé le destin de mon pays pendant quatre ans. Pendant quatre ans, ils ont joué avec mon pays. Je ne peux plus accepter ça. Que c'est un lieu pour venir gagner de l'argent, que c'est un lieu pour venir à la plage. Nous, c'est notre endroit de vie. C'est le petit carré que Dieu nous a donné sur toute la terre. Nous y sommes avec ceux qui veulent être Ivoiriens comme nous. Ce lieu-là, nous n'acceptons pas de l'empoisonner. C'est pourquoi nous allons poursuivre jusqu'au dernier, les responsables des déchets toxiques... Je vous prie de me croire. Dès qu'on m'a annoncé le scandale des déchets toxiques, j'ai pris ma Bible et je me suis mis immédiatement à genoux pour prier. J'ai dit au Seigneur : "Tu m'envoies une épreuve supplémentaire. Mais je te demande une chose : permets-moi d'être juste et d'être sans faiblesse". Dans ce dossier, je serai juste. Je ne permettrai pas que quiconque qui n'est pas coupable ou responsable soit frappé. Je serai juste, mais je serai sans faiblesse. Tous ceux qui sont coupables ou responsables paieront pour la vie des Ivoiriens qu'ils ont tués.
Retournez donc à vos postes. Soyez forts. Vous allez entendre encore beaucoup de provocations, mais celui qui vous cherche, c'est moi qu'il cherche. Pensez à ça et soyez forts. Soyez responsables. Nous avons commencé un combat, qui va prendre fin bientôt. Que Dieu vous bénisse, que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire. Propos recueillis par
 
 
PASCAL SORO